défaut


défaut
(dé-fô ; le t se lie : un dé-fau-t incorrigible ; au pluriel, l's se lie : des dé-fô-z incorrigibles) s. m.
   Action de défaillir, privation de quelque chose. Le défaut de subsistances a forcé la garnison à se rendre. Défaut d'esprit, d'expérience, de courage.
   Rome vous permet cette haute alliance Dont vous aurait exclu le défaut de naissance, CORN. Nicom. I, 2.
   Ils n'ont commis aucun péché par le défaut de charité et de pénitence, PASC. Prov. 5.
   Ô ciel ! il paraît bien que la prudence humaine, Qui fait gloire ici-bas des efforts les plus hauts, Tombe, quand il te plaît, en d'insignes défauts, ROTROU Bélis. V, 8.
   La véritable cause de la chute des affaires d'Annibal, c'est le défaut de recrues et de secours de la part de sa patrie, ROLLIN Hist. anc. Oeuvres, t. I, p. 447, dans POUGENS.
   Terme d'anatomie. Monstruosité par défaut, monstruosité causée par l'absence de quelque partie.
   À défaut de, au défaut de, loc. prép. Faute de, dans le cas où la chose en question manquerait. à défaut de vin, nous boirons de l'eau.
   Et mérite mes pleurs au défaut de mon coeur, CORN. Cinna, IV, 6.
   À ce défaut vous aurez mon estime, ID. Nicom. V, 10.
   Moi-même, à leur défaut je serai la conquête De quiconque à mes pieds apportera ta tête, CORN. Héracl. III, 3.
   Sévère, à mon défaut, fera ta récompense, CORN. Poly. IV, 1.
   Mon guide, qu'à ce soin à mon défaut j'emploie, S'écrie épouvanté qu'il n'y voit point de foie [en une victime immolée, ce qui était un signe funeste], ROTROU Antig. V, 5.
   Peut-être au défaut de la fortune, les qualités de l'esprit, les grands desseins, les vastes pensées pourront nous distinguer du reste des hommes, BOSSUET Duchesse d'Orl..
   Au défaut de ton bras, prête-moi ton épée, RAC. Phèd. II, 5.
   Cet humble adorateur Captive ma personne au défaut de mon coeur, RAC. Alex. III, 1.
   Les Portugais, au défaut de vertus plus éclatantes, forment son éloge [de Philippe IV] de sa piété et de sa modération, VERTOT Révol. de Portug. p. 149.
   Faut-il qu'au défaut des tyrans et des supplices, l'Évangile trouve encore en vous seuls son écueil et son scandale ?, MASS. Av. Épiph..
   Le même testament qui, au défaut des puînés du sang de Louis XIV, rappelait l'archiduc Charles, VOLT. Louis XIV, 17.
   Le défaut des côtes, l'endroit où elles se terminent, ou l'espace entre deux côtes.
   Le défaut de la cuirasse, l'intervalle entre les deux pièces d'une cuirasse.
   Il rappela ses esprits, et, tâtant son ennemi au défaut des armes, il lui plongea le poignard dans le flanc, VAUGEL. Q. C. liv. IX, ch. 5.
   Mais il tombe et l'on trouve au défaut de l'armure Tout le fer d'une lance encor dans la blessure, DE BELLOY Gaston et B. IV, 2.
   Il n'y a point de guerrier si bien armé qu'on ne puisse percer au défaut de la cuirasse, VOLT. Lett. en vers et en prose, 28.
   Fig. Le côté faible, sensible d'une personne. Blesser quelqu'un au défaut de la cuirasse.
   Dans le même sens.
   Fuyez un ennemi qui sait votre défaut, CORN. Poly. I, 1.
   Terme de procédure. Manquement à une assignation donnée, refus de comparaître. Il a fait défaut. Jugement par défaut, décision rendue contre une partie non comparante ou n'ayant personne qui comparaisse pour elle.
   Donner défaut, donner acte de la non-comparution.
   Défaut contre partie ou faute de comparaître, jugement rendu contre une partie, faute par elle d'avoir constitué avoué dans les délais de l'ajournement.
   Défaut contre avoué ou faute de conclure, jugement rendu contre une partie dont l'avoué n'a pas déposé de conclusions.
   Défaut-congé, lorsque le demandeur ne se présente pas.
   Profit du défaut, avantage résultant, pour celui qui se présente, de l'absence de son adversaire. Adjuger le profit du défaut, statuer par suite du défaut d'une partie en faveur de l'autre qui a comparu.
   Défaut profit-joint, c'est lorsque de deux défendeurs l'un comparaît, l'autre fait défaut ; on joint le profit du défaut, c'est-à-dire qu'au lieu de l'adjuger, on surseoit à statuer jusqu'à ce que le non-comparant ait été jugé ou tenu pour jugé contradictoirement.
   Terme de chasse. Le moment même où les chiens, perdant la voie, cessent de chasser. Les chiens sont en défaut. L'autre [le renard] fit cent tours inutiles, Entra dans cent terriers, mit cent fois en défaut Tous les confrères de Brifaut, A FONT. Fabl. IX, 15.
   L'animal rusé, qui les voit passer et s'éloigner, sort de sa retraite, rentre dans le sentier, confond ses traces et met la meute en défaut, BONNET Contempl. nat. 12e part. ch. 44.
   Relever le défaut, se dit des chiens qui se remettent sur la voie.
   Fig. Être en défaut, faillir.
   Voilà mes guichetiers en défaut, dieu merci, RAC. Plaid. I, 3.
   Mettre, prendre, trouver quelqu'un en défaut, le mettre, le trouver, le prendre en un manquement quelconque.
   Les fautes des sots sont quelquefois si lourdes et si difficiles à prévoir qu'elles mettent les sages en défaut et ne sont utiles qu'à ceux qui les font, LA BRUY. XI.
   Mettre en défaut, rendre inutile, déjouer.
   Lindor par son audace Met la ruse en défaut, BÉRANG. Inf. de Lisette..
   Imperfection physique. Les défauts du corps.
   Il n'y a nuls vices extérieurs et nuls défauts du corps qui ne soient aperçus par les enfants, LA BRUY. XI.
   En parlant des animaux domestiques, défaut exprime les imperfections du corps et les irrégularités de proportion.
   Imperfection morale.
   Prenez ainsi que moi des sentiments plus hauts, Et suivez mes vertus ainsi que mes défauts, CORN. Attila, III, 4.
   L'agréable défaut, seigneur, que la jeunesse !, CORN. Pulch. III, 4.
   De ce triste séjour, où tout n'est que défaut, Jusqu'aux pieds du Très Haut Sache relever ta pensée, CORN. Imit. II, 1.
   Nous n'avouons de petits défauts que pour persuader que nous n'en avons point de grands, LAROCHEF. Réfl. mor. n° 327.
   Ceux-là sur une erreur, ceux-là sur un défaut, LA FONT. Fabl. IV, 18.
   Le fabricateur souverain Nous créa besaciers tous de même manière, Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui ; Il fit pour nos défauts la poche de derrière, Et celle de devant pour les défauts d'autrui, LA FONT. ib. I, 7.
   Chacun a son défaut où toujours il revient ; Honte ni peur n'y remédie, LA FONT. ib. III, 7.
   Elle étudiait ses défauts ; elle aimait qu'on lui en fît des leçons sincères ; marque assurée d'une âme forte que ses fautes ne dominent point, BOSSUET Duchesse d'Orl..
   Il faut aimer ses amis avec leurs défauts ; c'en est un grand que d'être malade, SÉV. Lett. 15 oct. 1695.
   Oh ! que de mon esprit triste et mal ordonné, Ainsi que de ce champ par toi si bien orné, Ne puis-je faire ôter les ronces, les épines, Et des défauts sans nombre arracher les racines ?, BOILEAU Épître XI.
   Il y a de petits défauts qu'on abandonne volontiers à la censure ; ce sont de pareils défauts que nous devons choisir pour railler les autres, LA BRUY. V.
   L'on ne voit, en amour, de défauts dans ceux qu'on aime que ceux dont on souffre soi-même, LA BRUY. IV.
   Où trouverez-vous un homme sans défaut, FÉN. Tél. XI.
   Un défaut avoué et déjà reconnu est à demi corrigé, ROLLIN Traité des Ét. VI, 2e part. ch. 1, art. 4.
   Celui qui t'entretient des défauts d'autrui entretient les autres des tiens, DIDER. Opin. des anc. phil. (Sarrasins)..
   Ses défauts semblaient n'être que ses vertus mêmes portées jusqu'à l'excès ; on ne pouvait s'empêcher de les lui pardonner, et on eût à peine osé désirer qu'il ne les eût pas, CONDORCET Duhamel..
   Eh ! mon Dieu, monseigneur, c'est qu'on veut que le pauvre soit sans défaut, BEAUMARCH. Barb. de Sév. I, 2.
   Je ne savais pas qu'il existe des défauts qui peuvent accroître l'amour même par l'inquiétude qu'ils lui causent, STAËL Corinne, XIV, 4.
   Cette imagination était son charme, et quelquefois son défaut, STAËL ib. XV, 5.
   En parlant des animaux domestiques et particulièrement du cheval, vice de leur caractère, comme la rétivité, la méchanceté.
   Ce qui est contraire aux règles de l'art, au goût, aux saines doctrines.
   Vous dirai-je qu'elle pénétrait dès son enfance les défauts les plus cachés des ouvrages d'esprit et qu'elle en discernait les traits les plus délicats ?, FLÉCH. Mme de Montausier..
   Un sonnet sans défaut vaut seul un long poëme, BOILEAU Art p. II.
   Il ne faut pas regarder ces éloges de Clément XI [au sujet du livre du P. Quesnel] et les censures qui suivirent comme une contradiction ; on peut être très touché, dans une lecture, des beautés frappantes d'un ouvrage, et en condamner ensuite les défauts cachés, VOLT. Louis XIV, 37.
   Terme de rhétorique. Les défauts du style, vices opposés aux qualités qu'on désire y trouver. Le défaut de clarté fait que le style est obscur, etc.
   Dans les arts et métiers, parties faibles en une matière, et, par extension, en un ouvrage quelconque.
   Terme de grammaire ancienne, par lequel on désignait le retranchement de quelque chose, par exemple la syncope, c'est-à-dire le retranchement de lettres dans un mot, et l'ellipse, c'est-à-dire le retranchement d'un ou plusieurs mots dans une phrase.
   Des grammairiens ont voulu distinguer au défaut de et à défaut de, disant que le premier signifie à la place de, et le second faute de, mais cette distinction n'est pas justifiée par l'usage ; et en soi elle n'est pas fondée.
   DÉFAUT, DÉFECTUOSITÉ. Ces deux mots ne sont synonymes que quand il s'agit des imperfections qui déparent un produit de la nature ou de l'art. Défaut, venant de faillir, exprime ce qui faut, manque, est en faute. Défectuosité, venant du latin defectus, renferme l'idée de ce qui est défait, mal fait. Ainsi défaut se dira plutôt quand on voudra simplement exprimer l'état d'imperfection, et défectuosité quand on portera son esprit sur le mode de production : les défauts d'un diamant, les défectuosités d'une pièce de drap. Mais il faut dire que très souvent les nuances se confondent.
   XIIIe s.
   Nous serions trop blasmé, se vous chaiens [céans] moriés par defaute, Chron. de Rains, 108.
   Dont dist l'apostoles as messages que, par la defaute de ceus qui alerent as autres pors, savoit-il bien qu'il lor convenoit grant meschief faire, VILLEH. LV.
   Ne porquant li segneur les voloient metre en defaute par le [la] reson de l'ajornement, BEAUMANOIR 54.
   Et s'il ne le veut jurer, il sera tornés en defaute, BEAUMANOIR 46.
   Et s'il en ont trop poi, il doivent retrere le defaute [répartir le deficit entre] à chascun, selon ce qu'il doit penre en l'execussion, BEAUMANOIR XII, 31.
   XIVe s.
   Se dix estoit le plus grant excès en aucune matiere et deux estoit la plus grant deffaute, le moien selon nature de la chose ce seroit six, ORESME Eth. 44.
   XVe s.
   Si le pria en amitié et requit par lignage qu'il se voulust sur ce aviser, par quoi aucune deffaute ne fust trouvée en lui, FROISS. I, I, 72.
   La comtesse pria à ces seigneurs de Bretagne, pour l'amour de Dieu, qu'ils ne fissent nule defaute, et que elle auroit grand secours dedans trois jours, FROISS. I, I, 176.
   Mais quant ce vint au fait de la despense, Il restreignit eufs, chandelle et moustarde, Et oublia pain, vin, char et finance ; Tout se destruit, et par default de garde, EUST. DESCHAMPS Administr. de l'hostel du prince..
   En fut mal recompensé plus par la poursuyte de ses ennemys que par le deffault du roy, COMM. I, 2.
   Il avoit honte de retourner en Castille ne en Portugal avecques ceste deffaulte, et de n'avoir rien faict deça, COMM. V, 7.
   XVIe s.
   Il renvoya les plus jeunes, et avecques ceulx desquels le default estoit moindre [qui feraient moins faute], MONT. I, 243.
   Il pensa que le plus sur estoit de fuir, et qu'un bon defaut valoit mieux qu'une mauvaise comparution, YVER p. 647.
   Defaut ne se donne contre le procureur de roi, LOYSEL 863.
   On appeloit [faisait appel] de defaute de droit, quand on refusoit de rendre la justice aux parties, MONTESQ. Espr. XXVIII, 28.
   Dé.... préfixe, et faillir ; provenç. defaut, et, beaucoup plus souvent, defauta, deffaulta ; anc. catal. defalt. Le féminin defaute est, dans les premiers temps, le seul que les textes offrent couramment.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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