dépendre


dépendre
dépendre 1.
(dé-pan-dr') v. a.
   Détacher une chose qui était pendue.
   Il est même assez ordinaire de pousser les exécutions jusqu'à dépendre les portes des maisons après avoir vendu ce qui était dedans, VAUBAN. Dîme, p. 29.
   [Il] Dérange les fauteuils, dépend lustre et tableaux, COLLIN D'HARLEV. Malice pour mal. I, 8.
   Détacher une personne qui était pendue. La foule accourut et dépendit l'homme qui pendait au gibet.
   Fig. Se dépendre, v. réfl. Se détacher, renoncer.
   L'âme ne se peut dépendre elle-même de ces pensées, BOSSUET Ben. 1.
   On dit : je suis à vous à pendre et à dépendre, ami à pendre et à dépendre, pour dire tout dévoué. C'est une locution altérée pour à vendre et à dépendre (voy. dépendre 3), qui, n'étant plus usité dans ce sens, et restant usité avec le sens de détacher, a fait changer vendre en pendre.
   XIIIe s.
   Li chevaliers li a cunté Que mult li ert mesavenu Dou lairon qu'il ot despendu, MARIE Fable 33.
   Avant que l'empereur de Perse alast devant la chamelle, il amena le conte Gautier devant Jaffe, et le pendirent par les bras à unes fourches, et li dirent que il ne le despendroient point, jusques à tant qu'il auroient le chastel de Jaffe, JOINV. 271.
   XVe s.
   Velà le mort, je vous le monstre, Joseph ; or le povez despandre, la Passion de N.S.J.C..
   XVIe s.
   Encores les despend on, à force, du col de leurs meres pour les rendre à leurs espoux, MONT. I, 270.
   Le prevost le fit dependre, DESPER. Contes, LXIII.
   Et elle voyant le corps de son filz mort estendu, et sa mere encore pendue au gibet, aida elle mesme aux bourreaux à la despendre, AMYOT Agis et Cléomène, 22.
   Dé.... préfixe, et pendre, v. a.
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dépendre 2.
(dé-pan-dr') v. n.
   Être dans certain rapport qui enchaîne une chose à une autre. L'effet dépend de la cause. La conclusion dépend des prémisses.
   De là ne dépendent pas les destinées de la France, BALZ. liv. VI, lett. 7.
   Souviens-toi.... Que tes jours me sont chers ; que les miens en dépendent, CORN. Cinna, I, 3.
   Comme si le salut de la religion en dépendait, PASC. Prov. 18.
   C'est faire dépendre le christianisme de la politique, BOSSUET Var. XV, § 133.
   Tout dépend du secret et de la diligence, RAC. Iphig. IV, 10.
   Leur sûreté [des rois] souvent dépend d'un prompt supplice, RAC. Athal. II, 5.
   Il vit que son salut dépendait de lui plaire, et bientôt il lui plut, RAC. Baj. I, 1.
   Mon bonheur dépendait de l'avoir pour époux, RAC. Mithr. III, 5.
   Nécessités dont ils font dépendre tout leur bonheur, FÉN. Tél. VIII.
   On vit manifestement, pendant le peu de temps que dura la tyrannie des décemvirs, à quel point l'agrandissement de Rome dépendait de sa liberté, MONTESQ. Rom. 1.
   Impersonnellement.
   Il ne dépendra pas de vous de me laisser ici ; plutôt mourir que de vous voir partir sans moi, FÉN. Tél. IV.
   Se rattacher à.
   Dans les choses qui dépendront de notre métier, MOL. Mal. imag. II, 6.
   Faire partie de quelque chose. Ce territoire ne dépend pas de la France. Ce parc dépend de votre propriété.
   Appartenir à. Cette cure dépend de tel diocèse. Ces juges dépendent de tel tribunal.
   En matières bénéficiales. Ce prieuré dépend de telle abbaye, la nomination en appartient au titulaire de telle abbaye.
   Terme de jurisprudence féodale. Relever de. Ce fief dépend de telle baronie.
   Être sous la domination, l'autorité de.
   Mais peut-être qu'un jour je dépendrai de moi, CORN. Nic. II, 3.
   Dépendre, c'est selon la plus claire notion et la plus évidente être tenu d'obéir, BOURD. Exhortation sur l'obéissance relig. t. I, p. 262.
   Il est triste de dépendre de gens qu'on n'aime point, MAINTENON Lettre à Mme de Caylus, 27 fév. 1716.
   Vous dépendez ici d'une main violente, RAC. Mithr. IV, 2.
   Ces gardes, cette cour, l'air qui nous environne, Tout dépend de Pyrrhus et surtout d'Hermione, RAC. Andr. III, 1.
   Quand de mes seules mains ce coeur voulait dépendre...., RAC. Bér. IV, 5.
   Les rois ne pouvant jamais s'accoutumer à dépendre des autres et à leur être soumis, ROLLIN Hist anc. Oeuvres, t. VIII, p. 389, dans POUGENS.
   Ma mère qui était la seule dont je dépendais alors, car mon père était mort...., MARIVAUX Paysan parv. t. II, 4e part. p. 105, dans POUGENS.
   Absolument. Les faibles veulent dépendre afin d'être protégés.
   Il faut suer, veiller, fléchir, dépendre, pour avoir un peu de fortune, LA BRUY. VI.
   Par extension, être à la merci de.
   On dépend servilement d'un serrurier et d'un menuisier, selon ses besoins, LA BRUY. XIV.
   Terme de mer. On dit du vent qu'il dépend de l'un des quatre vents cardinaux ou de l'un des huit vents principaux, quand sa direction le rapproche de l'un de ces vents. Le vent dépend du tribord, il vient de tribord.
   XIIIe s.
   Et de toutes ces choses traiterons nous en cest chapitre, parce que l'un depend de l'autre, BEAUMANOIR XV, 1.
   XIVe s.
   Accident est derivé et depend de substance, ORESME Eth. V, 10.
   Aucunes operacions faites selon vertus morales dependent et viennent pour cause du corps, ORESME ib. 318.
   Et toutes teles amistés dependent et viennent de amisté paternel, ORESME ib. 250.
   XVe s.
   Le duc de Berry remontra au destroit conseil des nobles de France, auxquels principalement pour le temps de adonc les choses du royaume toutes se dependoient, et dit ainsi...., FROISS II, III, 47.
   Et les autres maux qui dependent de la guerre, COMM. II, 6.
   XVIe s.
   Le bonheur qui depend de la tranquillité de l'esprit, MONT. I, 67.
   Quand il visitoit les villages qui despendoient de luy, MONT. I, 247.
   L'honneur d'un homme tiendroit à bien peu de chose, s'il dependoit du fait d'une femme, DESPER. Contes, VI.
   Lat. Dependere ( le 3è e étant un e long), de la préposition de, et pendere( le 3è e étant un e long), être suspendu (voy. PENDRE, v. n.).
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dépendre 3.
(dé-pan-dr') v. a.
Dépenser.
   Je vais vous montrer qu'il n'est rien de si peu de frais, si vous craignez de dépendre, MALH. Le traité des bienf. de Sénèque, II, 30.
   L'épargne est une science de ne rien dépendre mal à propos, MALH. ib. II, 34.
   Et n'avoir de crédit qu'au prix qu'on peut dépendre, RÉGNIER Sat. VI.
   Aujourd'hui mot inusité excepté dans ces deux phrases proverbiales : 1° Qui bien gagne et bien dépend n'a que faire de bourse pour serrer son argent ; 2° Ami à vendre et à dépendre, ami tout dévoué. Je suis à vous à vendre et à dépendre, c'est-à-dire vous pouvez disposer de moi ; locution qui signifie que vous pouvez me vendre et faire, de l'argent, l'emploi qu'il vous plaira, et qu'on peut voir à l'historique, au propre, comme terme du langage juridique.
   Bien qu'il m'eût à l'abord doucement fait entendre Qu'il était mon valet, à vendre et à dépendre [despendre], RÉGNIER Sat. VIII.
   Bissy était à vendre et à dépendre corps et àme, pour sa fortune, aux jésuites, SAINT-SIMON 289, 201.
   1. On dit souvent à pendre et à dépendre ; c'est une méprise (voy. dépendre 1).
   2. Au XVIIe siècle, dépendre, qui a vieilli depuis, était aussi bon que dépenser ; c'est du moins ce que dit Marg. Buffet, Observ. p. 31.
   XIIe s.
   Vous qui robez les croisés, Ne despendez mie l'avoir ainsi, QUESNES Romancero, p. 96.
   XIIIe s.
   Après refu Largece assise, Qui fu bien duite [habile] et bien aprise De faire honor et de despendre, la Rose, 1135.
   Vaillans hons suel [j'ai coutume] estre clamés, Et de tous compaignons amés, Et despendoie liement En tous leus plus que largement, Tant cum fui riches hons tenus, ib. 8045.
   Quant la ville de Bapaumes fu sans meor [maire], li borgois despendirent moult en eslection, Liv. de just. 46.
   Que elle peuist [pût] le [la] maison qui devant est dite, vendre et despendre, et boire et mangier, et faire toute se [sa] volenté, TAILLIAR Recueil, p. 178.
   XIVe s.
   Et c'est legiere chose à fere que despendre, ORESME Eth. 109.
   Robert a obligié sey et ses hers [hoirs], touz ses biens moebles et immoebles presenz et avenir, à vendre et à despendre par la main de la justice, Livre vert de la bibliothèque d'Avranches.
   XVe s.
   Et disoient Anglois : Messire Jean de Montfort nous a joué de ce tour que travailler nos corps et lever nos gens et faire despendre l'argent du roi, FROISS. II, III, 63.
   Se mocquoient du duc de Bourgongne qui despendoit argent à vouloir deffendre la mer, COMM. III, 5.
   Estoit de très petit cueur et enduroit toutes choses pour ne despendre riens, COMM. IV, 1.
   Ma beauté et mes tendres ans ne peuvent endurer que temps depende et consume ainsi mes jours en vain, LOUIS XI Nouv. C..
   XVIe s.
   Et prendrai autant à gloyre qu'on die de moi que plus en vin aye despendu que en huyle, que feit Demosthenes quand de luy on disoyt que plus en huyle que en vin despendoyt, RAB. Gar. 1, prol..
   À amasser, je n'y entends rien ; à despendre, je m'y entends un peu, MONT. IV, 78.
   Souffrir les cruautez, non pas d'un camp barbare contre lequel il faudroit despendre son sang et sa vie devant ; mais d'un seul !, MONT. IV, 388.
   Tarquinius à faire les fondemens de ce temple, despendit la somme de quarante mille marcs d'argent, AMYOT Publ. 29.
   Luther osa respondre à une lettre du roi Henri d'Angleterre, qui le menassoit de dependre sa couronne pour faire perir luy et sa doctrine, D'AUB. Hist. 1, 68.
   Qui promet et point ne tient, ses paroles en vain despend, GÉNIN Récréations, t. II, p. 248.
   Qui despend plus qu'il ne gagne, il meurt pauvre et rien ne gagne, LEROUX DE LINCY Prov. t. II, p. 165.
   Qui plus despend qu'il n'a vaillant, il fait la corde où il se pend, LEROUX DE LINCY ib..
   Trop tard se repent qui tout despent, LEROUX DE LINCY ib..
   Lat. Dependere ( le 3è e étant un e bref), dépenser ; de la préposition de, et pendere ( 3ème e étant un e bref), payer (voy. pension) ; wallon, dispante, dépenser ; provenç. despendre ; catal. despendrer ; espagn. despender ; <

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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