enfant


enfant
(an-fan) s. m.
   Individu de l'espèce humaine qui est dans l'âge de l'enfance. Un petit enfant. Un bel enfant. Jouer comme un enfant.
   Aussi, à dire le vrai, c'est une extrême méchanceté de se moquer d'un pauvre enfant qui n'a appris le français que pour l'amour de moi, et qui a eu du moins l'esprit de me choisir entre tous ceux qui sont ici, VOIT. Lett. 57.
   Laissez venir les petits enfants, et ne les empêchez point, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent, SACI Bible, Évang. St Marc, x, 14.
   Tout charme en un enfant dont la langue sans fard, À peine du filet encor débarrassée, Sait d'un air innocent bégayer sa pensée, BOILEAU Épître IX..
   Un rimeur, sans péril, de là les Pyrénées, Sur la scène en un jour enferme des années ; Là souvent le héros d'un spectacle grossier, Enfant au premier acte, est barbon au dernier, BOILEAU Art p. III.
   Néron n'est plus enfant, n'est-il pas temps qu'il règne ?, RAC. Brit. I, 2.
   De quel crime un enfant peut-il être coupable ?, RAC. Athal. II, 5.
   Un enfant est peu propre à trahir sa pensée, RAC. ib. II, 6.
   Ô vous, sur ces enfants si chers, si précieux, Ministres du Seigneur, ayez toujours les yeux, RAC. ib. II, 7.
   Quel astre à nos yeux vient de luire ? Quel sera quelque jour cet enfant merveilleux ?, RAC. ib. II, 9.
   Les enfants ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très petits sujets, LA BRUY. XI.
   Les enfants sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés, LA BRUY. ib..
   Les enfants n'ont ni passé ni avenir, et, ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent, LA BRUY. ib..
   Il n'y a nuls vices extérieurs et nuls défauts du corps qui ne soient aperçus par les enfants ; ils les saisissent d'une première vue, LA BRUY. ib..
   Un gros marchand qui ne jouait [ne savait jouer] non plus qu'un enfant, HAMILT. Gramm. 3.
   Dieu vous veut petit à vos yeux et simple dans ses mains comme un petit enfant, FÉN. t. XVIII, p. 414.
   J'ai vu, dit saint Augustin, un enfant jaloux ; il ne savait pas encore parler, et, avec un visage pâle et des yeux irrités, il regardait déjà l'enfant qui tétait avec lui, FÉN. Éduc. des filles, ch. 3.
   Que ses parents et ses voisins l'avaient vue grosse de la fille dont elle avait accouché ; que cet enfant [fille] en venant au monde avait été reçu dans les mains de ses parents et de ses alliés, VERTOT Révol. rom. v, p. 40.
   Sans soin du lendemain, sans regret de la veille, L'enfant joue et s'endort, pour jouer se réveille, DELILLE Imagin. ch. VI.
   L'enfant dont la mort cruelle Vient de vider le berceau, Qui tombe de la mamelle Au lit glacé du tombeau, LAMART. Harm. II, 1.
   Il est si beau, l'enfant avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire, Ses pleurs vite apaisés, Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie Et sa bouche aux baisers, V. HUGO Feuilles d'aut. XIX.
   L'enfant Jésus, Jésus lorsqu'il était enfant. Un enfant Jésus, une figure de Jésus enfant.
   Cet enfant est trop mignard, trop fait, trop joli, trop petit, c'est un enfant Jésus, DIDEROT salon de 1767, Oeuvres, t. XIV, p. 176, dans POUGENS.
   Sage comme l'enfant Jésus, se dit d'un enfant qui est sage et obéissant.
   Ce n'est pas un jeu d'enfant, ce n'est pas jeu d'enfant, se dit quand il s'agit de choses sérieuses et importantes.
   Être innocent comme l'enfant qui vient de naître ou qui est à naître, être tout à fait innocent.
   Enfant gâté, l'enfant à qui ses parents laissent faire toutes ses volontés et qu'ils ne corrigent pas.
   Se dit par extension d'un adulte qui se passe ou à qui l'on passe tous ses caprices.
   Elle était une des trois ou quatre jolies femmes de Paris dont le vieux abbé de Saint-Pierre avait été l'enfant gâté, J. J. ROUSS. Confess. IX.
   Faire l'enfant, badiner comme un enfant, s'amuser à des choses puériles.
   Pendant que les philosophes radotent et font les enfants, J. J. ROUSS. Ém. III.
   Ils me rient au nez, me disent que je fais l'enfant, MARIVAUX Double inconst. II, I.
   Être enfant, même sens.
   Quoi ! vous songez encore à cela ? reprit-elle ; eh ! mon Dieu ! Marianne, que vous êtes enfant !, MARIVAUX Marianne, part. 2, t. I, p. 211, dans POUGENS.
   Ne pas faire l'enfant, signifie aussi ne pas faire l'ignorant, ne pas affecter l'ignorance d'un enfant sur ce qui est dit ou proposé. Il ne fit pas l'enfant, il profita de l'occasion. Acceptez, ne faites pas l'enfant.
   Adjectivement.
   Tout enfant qu'elle était, FLÉCHIER Mme de Mont..
   Allons nous coucher ; je suis plus enfant que toi, J. J. ROUSS. Confess. I.
   J'aurais eu peine à croire qu'il y eût des spectateurs assez enfants pour aller voir cette imitation, J. J. ROUSS. Héloïse, II, 23.
   Un peuple enfant, un peuple qui n'est pas encore civilisé.
   On l'a dit aussi, en poésie, de ce qui est de l'enfance.
   Bords où mes pas enfants suivaient Napoléon, Fortes villes du Cid !, V. HUGO Feuilles d'aut. XV.
   D'enfant, loc. adj. Faible, futile. Ce sont scrupules d'enfant.
   Cette difficulté d'enfant a occupé dans tous les siècles les têtes les plus fortes, DIDEROT Règnes de Claude et Néron, II, § 54.
   Mal d'enfant, le travail de l'accouchement. Cette femme est en mal d'enfant.
   Une montagne en mal d'enfant Jetait une clameur si haute...., LA FONT. Fabl. V, 10.
   Faire un enfant, en parlant d'une femme.
   La femme ne faisant guère qu'un enfant à la fois, J. J. ROUSS. Orig. Notes..
   Faire un enfant, en parlant d'un homme.
   M. de Nemours fit un enfant à cette fille de Rochon, qu'on appelait Mlle de la Garanche, SAINT-SIMON 57, 205.
   S. f. Petite fille, jeune fille. Ma belle enfant. La pauvre enfant.
   Excusez ma tendresse pour une enfant dont je n'ai jamais eu aucun sujet de plainte, RAC. Lett. à sa tante..
   Je suis la plus jeune de ses enfants, DIDEROT Père de famille, II, 9.
   Dainville arrive en tenant par la main la plus charmante enfant que j'aie jamais vue, Mme DE GENLIS Adèle et Théod. t. III, lett. 1, dans POUGENS.
   Il exprime un rapport de génération, fils ou fille. Il eut plusieurs enfants. Il perdit ses enfants en bas âge.
   Et contre un père enfin l'enfant a toujours tort, ROTR. St-Genest, I, 1.
   Ce fut là [à la Bérésina] qu'on aperçut des femmes au milieu des glaçons, avec leurs enfants dans leurs bras, les élevant à mesure qu'elles s'enfonçaient ; déjà submergées, leurs bras roidis les tenaient encore au-dessus d'elles, SÉGUR Hist. de Napol. XI, 9.
   C'est l'enfant de sa mère, c'est bien l'enfant de sa mère, c'est-à-dire il en a tout le caractère.
   C'est bien l'enfant de son père, de sa mère, se dit aussi de la ressemblance physique.
   Enfant de bonne mère ou de bonne maison, personne qui occupe un bon rang dans la société. Il n'y a enfant de bonne mère qui ne prétende à cela.
   Traiter quelqu'un en enfant de bonne maison, le châtier sévèrement, ne point l'épargner.
   Si vous ne retrouvez pas mon cordon, vous serez livré au sous-comite, qui vous traitera en enfant de bonne maison, LESAGE Guzman d'Alf. VI, 10.
   Enfant de famille, enfant en puissance de père et de mère.
   Enfant de famille, enfant chéri, enfant qui était avantagé aux dépens des autres.
   Enfant de famille, enfant de bonne maison.
   Je ne me trouvai pas seul avec le muletier ; il y avait deux enfants de famille de Pennaflor, LESAGE Gil Blas, I, 3.
   Enfant de troupe, fils de militaire élevé dans les casernes aux frais de l'État.
   Enfant trouvé, enfant abandonné par ses parents, ramassé par les passants, et recueilli par les hospices.
   Mon troisième enfant fut donc mis aux enfants trouvés, ainsi que les premiers, J. J. ROUSS. Conf. VIII.
   Enfants de la patrie, nom donné, pendant la Révolution, aux enfants trouvés.
   Enfant de l'amour, enfant né hors mariage.
   Terme de marine. Enfant trouvé, personne qui s'est cachée à bord pour y faire une campagne et qui ne se montre que lorsque le navire est en mer.
   Enfant de la balle, voy. balle.
   Enfants bleus, enfants rouges, pauvres enfants habillés de bleu, de rouge, qu'on élevait à Paris dans un lieu fondé pour cela.
   L'enfant prodigue, l'enfant de l'Évangile qui, ayant reçu sa part, va la dissiper follement, et qui, revenant dans l'état le plus misérable, est bien accueilli par son père.
   Tu reviens dans ta famille dans l'équipage de l'enfant prodigue, LESAGE Estev. Gonzalez, ch. 30.
   Par analogie, jeune homme qui a fait ses fredaines, malgré les conseils de ses parents, surtout au moment où il revient près d'eux pour mener une vie plus rangée.
   Un matin donc, l'enfant prodigue comparut devant sa mère, non point hâve, décharné, souillé de boue et couvert de haillons comme son aîné de la Bible, mais élégant, leste, gracieux, l'oeil câlin et le sourire sur les lèvres, CH. DE BERNARD la Cinquantaine, § XII.
   Enfants de France, princes et princesses, enfants du roi qui occupait le trône, pour les distinguer de ceux et de celles des différentes branches de la maison royale, qui ne portaient que le titre de princes et princesses du sang.
   Petits-enfants, voy. petits-enfants.
   Enfant de choeur, enfant qui chante au choeur.
   Enfants de langue, nom qu'on donnait, dans les Échelles du Levant, à de jeunes Français que le roi entretenait au Levant pour y apprendre les langues turque, arabe, grecque, et pour servir ensuite de drogmans. On dit aujourd'hui jeunes de langue.
   Enfants perdus, soldats qui marchent, pour quelque entreprise extraordinaire, à la tête d'un corps de troupes commandé pour les soutenir ; ainsi nommés parce que leur service est particulièrement périlleux. Cette locution provient peut-être de los infantes, expression espagnole, d'où est né le mot infanterie.
   Plus généralement. Enfants perdus, personnes qu'on met en avant dans une affaire hasardeuse.
   Fig.
   Je vous prie de regarder mes réflexions comme des enfants perdus que j'ai jetés en avant sans m'embarrasser de ce qu'ils deviendraient, D'ALEMB. Lett. à Voltaire, 22 fév. 1764.
   Néologisme. Enfant terrible, enfant qui, en répétant ce qu'il a entendu dire, blesse profondément ceux à qui il parle. Dites-moi donc, monsieur, qui est-ce qui a inventé la poudre ? papa dit que ce n'est pas vous.
   Par extension, ceux qui par trop de sincérité compromettent leur cause, leur parti.
10°   Terme de familiarité, d'encouragement, avec un accent paternel, et venant d'un homme âgé ou d'un supérieur. Mes chers enfants. Allons, enfants. Mon enfant, écoutez-moi.
   Va-t'en, ma pauvre enfant, MOL. Femm. sav. II, 6.
   Allons, Merlin, de la vivacité, mon enfant, de la présence d'esprit, REGNARD Retour imprévu, sc. 10.
   Ah ! mon enfant, j'ai cru voir une substance céleste ; elle m'a tout à coup embrasé d'amour, LESAGE Gil Blas, X, 8.
   Un bon enfant, un homme de bonne humeur, et aussi un homme qui n'a pas de malice.
   Au surplus bon enfant, sot, je ne le dis pas, LA FONT. Contr..
   Il est fort bon enfant et plus uni à ce qu'il me semble que la plupart des jeunes gens, P. L. COUR. Lett. II, 103.
   On dit de même une bonne enfant. Elle est bonne enfant.
   Mais dans le fond, c'est une bonne enfant, REGNARD Sérénade, 11.
   Il est bon enfant, bien bon enfant de croire cela, de se prêter à cela, c'est-à-dire il est bien simple de croire cela, etc.
   Adjectivement. Il a un air bon enfant, un sourire bon enfant.
   Dans le style familier, bon enfant entraîne souvent l'idée d'aimable vaurien, de joyeux compagnon.
11°   Les êtres humains considérés comme fils du ciel, de Dieu, de la terre, de la patrie, etc. La patrie réclama le secours de ses enfants. Les enfants d'une même patrie. Les enfants de Dieu et de l'Église.
   Ainsi la Grèce en vous trouve un enfant rebelle, RAC. Andr. I, 2.
   Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin ?, RAC. Ath. II, 7.
   Jérusalem renaît plus charmante et plus belle ; D'où lui viennent de tous côtés Ces enfants qu'en son sein elle n'a pas portés ?, RAC. ib. III, 7.
   Rome avait des enfants Qui conspiraient contre elle et servaient les tyrans, VOLT. Brut. v, 1.
   Des enfants du soleil le redoutable empire, VOLT. Alz. I, 4.
   ....l'État répandait le sang de ses enfants, VOLT. Tancr. I, 1.
   Si le monde exige tant des enfants de la terre, qu'est-ce que Dieu ne doit pas demander des enfants du ciel ?, MASS. Petit car. Grandeur de J. -C..
   À mesure que les conquêtes et les cultures se multiplièrent en Amérique, il fallut plus d'esclaves ; ce besoin a augmenté graduellement ; et, depuis la pacification de 1763, on a arraché chaque année à la Guinée quatre-vingt mille de ses malheureux enfants, RAYNAL Hist. phil. XI, 19.
   Venez, enfants du ciel, orphelins sur la terre, Il est encor pour vous un asile ici-bas ; Mes trésors sont cachés, ma joie est un mystère ; Le vulgaire l'admire et ne la comprend pas, LAMART. Harm. I, 11.
   Dans le langage biblique. Les enfants des hommes, les hommes, et surtout ceux qui vivent dans l'iniquité. Les enfants de lumière, ceux qui ont reçu l'Évangile. Les enfants de ténèbres, les idolâtres.
   Par extension, il se dit d'autres êtres que les êtres humains.
   Quels qu'ils soient, l'Éternel à d'immuables lois Soumet tous les enfants des vergers et des bois ; Lui-même il les nourrit, il veille à leur défense, DELILLE Trois règnes, VI.
12°   S. m. plur. Descendants. Nous sommes tous enfants d'Adam. Les enfants d'Israël.
   Et que vous racontiez à vos enfants et aux enfants de vos enfants de combien de plaies j'ai frappé les Égyptiens, SACI Bible, Exode, X, 2.
   Des enfants de Japhet toujours une moitié Fournira des armes à l'autre, LA FONT. Fabl. II, 6.
13°   Natif. Les enfants de Paris.
14°   Partisan, sectateur, disciple, Les enfants de la liberté et de l'égalité.
   Mais pendant que vous ne travaillerez qu'à y entretenir le trouble, ne doutez pas qu'il ne se trouve des enfants de la paix qui se croiront obligés d'employer tous leurs efforts pour y conserver la tranquillité, PASC. Prov. 18.
   Enfants de St-François, de St-Ignace, etc. les Franciscains, les Jésuites, etc.
   Les enfants de Bellone, de Mars, les guerriers. Les enfants d'Apollon, les poëtes.
15°   Ce qui est l'effet, la conséquence de, le produit de. Le bonheur est enfant de la vertu. Les jeux, les ris, enfants de la gaieté.
   Impatients désirs d'une illustre vengeance, Enfants impétueux de mon ressentiment, CORN. Cinna, I, 1.
   Sortez de mon esprit, ressentiments jaloux, Noirs enfants du dépit, CORN. Sertor. III, 4.
   Fiers enfants de l'honneur, nobles emportements, CORN. ib. IV, 3.
   Les arts sont les enfants de la nécessité, LA FONT. le Quinquina, ch. II.
   On ne se cache point ces secrets mouvements, De la nature en nous indomptables enfants, VOLT. Oedipe, II, 2.
   N'atteste point ces dieux, enfants de l'imposture, VOLT. Alz. II, 4.
   Quel mérite ont des arts, enfants de la mollesse ?, VOLT. Orphel. IV, 2.
   Richelieu, Mazarin.... Enfants de la fortune et de la politique, VOLT. Henr. ch. VII.
16°   Petit d'un animal.
   Une laie aux poils blancs, trente enfants blancs comme elle, Vont s'offrir à tes yeux, DELILLE Énéide, VIII.
17°   Terme d'astronomie. Enfants de Dercéto ou enfants d'Atergatis, la constellation des Poissons.
18°   Terme d'alchimie. Enfants de la nature, les quatre éléments qu'admettaient les anciens.
   Enfant des philosophes, le mercure.
PROVERBES
   De fol et d'enfant se doit-on délivrer, c'est-à-dire quand on travaille sérieusement, il faut écarter les gens folâtres et les enfants.
   Cet enfant a trop d'esprit, il ne vivra pas, se dit sérieusement pour exprimer la crainte qu'inspire la santé d'un enfant trop précoce, ou, par moquerie, pour exprimer qu'un enfant est sans esprit.
   Quand ils ont tant d'esprit, les enfants vivent peu, C. DELAVIGNE Enfants d'Édouard, I, 2.
   Il n'y a plus d'enfants, c'est-à-dire on commence à avoir de la malice de bonne heure ; et aussi, les jeunes gens pensent, parlent, agissent comme les hommes mûrs.
   Enfant de Melchisédech, personne dont on ne connaît pas la famille.
   C'étaient des enfants de Melchisédech, dont on ne connaissait ni le pays, ni la famille, ni probablement le vrai nom, J. J. ROUSS. Confess. X.
   Les menteurs sont enfants du diable.
   XIe s.
   Par tels paroles vous ressemblez enfant, Ch. de Rol. CXXXI.
   XIIe s.
   De lor enfanz et des gentis uxors, Ronc. p. 37.
   Dient Franzois : cist cops n'est pas d'enfant, ib. p. 77.
   Et Dex ! dit Naymes, or voi-je duel [deuil] d'enfant, ib. p. 153.
   Baron, dist l'anfes, ne vous doit anuier, ib. p. 187.
   Empris [j'] ai greignor folie Que li faus enfes qui crie Por la bele estoile avoir, Couci, III.
   De sa premiere fame [il] out deus vaslez enfans, Sax. v.
   XIIIe s.
   Cil gaigna deus enfans en la serve haïe, Berte, LX.
   [Rainfrois fut] li premiers enfes qu'ot en la serve li rois, ib. LXI.
   Dont je me chevissoie [entretenois] et ma fame Margain Et mes petits enfans, ib. LXXIII.
   Murdri [ils] ont mon enfant, Bertain, qui m'aimoit si, ib. LXXXIX.
   Certes el [Vieillesse] n'avoit poissance, Ce cuit-je, ne force, ne sens, Ne plus qu'un enfes de deus ans, la Rose, 392.
   Enfes qui ne crient [craint] pere et mere, Ne puet estre qu'il nel' compere [qu'il ne le paye], ib. 10795.
   Se li enfes roboit ou batoit se [sa] mere, venjance en devroit estre fete, BEAUMANOIR XI, 19.
   Comme le [la] mere son enfant garantiroit par bone volenté, s'ele en avoit le pooir, BEAUMANOIR XI, 19.
   XIVe s.
   Il estoit tres bon et ne sembloit pas enfant ou filz de home mortel, mais de Dieu, ORESME Eth. 191.
   Se l'un demeure tousjours enfant en pensée et en meurs, et l'autre soit très bon et très vertueux, ORESME ib. 265.
   XVe s.
   Mais le roi vueil-je bien deporter [excuser], car c'est un enfes ; on lui doit pardonner [paroles de Philippe d'Artevelle], FROISS. II, II, 191.
   .... Amour descent aux enfans Des peres ; beau filz, or m'entens, L'amour aux peres ne remonte Des enfans...., EUST. DESCH. Poésies mss. f° 503, dans LACURNE.
   Enfant aime moult qui beau l'appelle, LEROUX DE LINCY Prov. t. I, p. 215.
   Enfant de bonne ville est demy escripvain, LEROUX DE LINCY ib..
   Lequel Jehan de Saintré, sur tous les autres paiges et enfans d'honneur, servoit chacun jour à table, Petit J. de Saintré, p. 2, dans LACURNE.
   XVIe s.
   Je repartiroye après cinq mille harquebusiers en dix troupes, et en mettrois les six comme enfans perdus à la teste des bataillons, LAN. 426.
   Je ne parle pas d'une certaine sorte qui s'appellent les enfans sans souci, LAN. 498.
   Il y avoit encore d'autres voeux plus infantiles, jaçoit qu'ils ne se fissent pas des petits enfants, CALVIN Instit. 1.
   Enfant qui vient de nature prend de Dieu sa pasture, GÉNIN Récréat. t. II, p. 238.
   Poissons et enfans en eaue sont croissans, GÉNIN ib. p. 247.
   Enfans de la messe de minuit, qui cherche Dieu à taston, OUDIN Curiosités fr..
   Enfant haï est toujours triste, LEROUX DE LINCY Prov. t. I, p. 216.
   De grands personnages enfants non sages, LEROUX DE LINCY ib..
   De petit enfant petit deuil, LEROUX DE LINCY ib..
   M. de Strozze avoit esté nourry enfant d'honneur du petit roy François II, estant monsieur le dauphin, BRANT. Cap. fr. t. IV, p. 304, dans LACURNE.
   Bourg. éfan ; picard affant, effant ; provenç. enfan, effan, efan ; espagn. et ital. infante, infant ; du latin infantem, enfant, de in, non, et fari, parler (voy. fable) : celui qui ne parle pas. L'ancien français enfe ou enfes est le nominatif, d'ínfans, avec l'accent sur in ; enfant est le régime, d'infántem, avec l'accent sur fan.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
ENFANT. Ajoutez :
19°   Enfant de la balle, voy. balle 1, n° 1.
   Ploetz, auteur d'une grammaire française populaire en Allemagne, prétend que, au féminin, enfant ne se dit qu'au singulier, et qu'au pluriel ce mot est masculin, même quand il s'agit d'une fille. Mais, s'il est correct de dire : Rose est une jolie enfant, Marguerite est une jolie enfant, il le sera aussi de dire : Rose et Marguerite sont de jolies enfants.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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