feu


feu
feu 1.
(feu) s. m.
1°   Développement de chaleur et de lumière.
2°   Calorique.
3°   Chez les anciens, un des quatre éléments.
4°   Objet de culte.
5°   Feu central du globe.
6°   Incendie ; embrasement.
7°   Toute matière combustible allumée.
8°   Ce qui sert à allumer.
9°   Feu en termes de cuisine.
10°   Feu de joie.
11°   Feux qu'allume une armée.
12°   Le supplice du bûcher.
13°   Cautérisation à l'aide du fer rouge.
14°   Feu en termes de chimie.
15°   Feu en termes de métallurgie.
16°   Coup de feu.
17°   Pompe à feu.
18°   Décharges d'armes à feu.
19°   Terme de fortification.
20°   Feu d'artifice.
21°   Le feu de la cheminée.
22°   Cheminée, chambre à feu.
23°   Garniture de cheminée.
24°   Un ménage, une famille.
25°   La simple lueur des flambeaux.
26°   Bougies dont on se sert aux audiences de criées.
27°   Indemnité qu'on donne à un acteur.
28°   Torche, instrument de destruction.
29°   Fanal.
30°   Météore enflammé.
31°   Feu grisou.
32°   Lumière des astres.
33°   La chaleur du soleil.
34°   Éclat, lumière.
35°   Couleur de feu.
36°   Vive chaleur qui se fait sentir dans le corps.
37°   Nom de diverses éruptions.
38°   Passions, ardeurs.
39°   Vivacité d'esprit.
40°   Vivacité d'action, de mouvement.
41°   Force des liqueurs spiritueuses.
42°   La passion de l'amour.
43°   Révolution, agitation.
44°   Feu ardent, bryone. Proverbes.
   Développement de chaleur et de lumière, d'où résulte la combustion ou l'échauffement des corps.
   Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre ; Qui l'ose réveiller peut s'en laisser surprendre, CORN. Rodog. III, 4.
   Et le feu mal éteint est bientôt rallumé, CORN. Sertor. I, 3.
   J'allumai du feu avec des cailloux, FÉN. Tél. XV.
   Le feu ne peut subsister qu'en absorbant l'air, et il devient d'autant plus violent qu'il en absorbe davantage, BUFF. Hist. min. Introd. Oeuvres, 1re part. t. VI, p. 52, dans POUGENS..
   Le père Gobien dit, qu'avant l'arrivée des Européens, ils [les habitants des îles Marianes] n'avaient jamais vu de feu, que cet élément si nécessaire leur était entièrement inconnu, qu'ils ne furent jamais si surpris que quand ils en virent pour la première fois, lorsque Magellan descendit dans une de leurs îles, BUFF. Hist. nat. Hom. Oeuvres, t. v, p. 51.
   Plus près de l'incendie, ils ne pouvaient ni reculer, ni demeurer ; et comment avancer, comment s'élancer à travers les vagues de cette mer de feu [l'incendie de Moscou] ?, SÉGUR Hist. de Nap. VIII, 7.
   Il se met quelquefois au pluriel. La montagne vomissait des feux.
   Que le courroux du ciel, allumé par mes voeux, Fasse pleuvoir sur elle [Rome] un déluge de feux !, CORN. Hor. IV, 5.
   Terme de liturgie. Feu nouveau, celui qui est allumé et béni à l'office le samedi saint.
   Faire du feu de quelque chose, le brûler.
   Je n'ai point maintenant de tes lettres sur moi, Mais j'en ferai du feu jusques à la dernière, MOL. le Dép. IV, 4.
   Faire feu, se dit de corps qui, se choquant, produisent du feu, des étincelles.
   Ils ont tous la cassure vitreuse, ils font également feu contre l'acier, ils résistent de même à l'action des acides, BUFF. Min. t. VII, p. 21.
   Fig. Faire feu des quatre pieds, faire tous ses efforts pour réussir ; locution tirée de ce que les pieds ferrés des chevaux font souvent feu sur le pavé.
   Il le craint comme le feu, il le craint extrêmement.
   Vomir feu et flamme, se dit d'un volcan en éruption.
   Fig. Jeter feu et flamme, vomir feu et flamme, se livrer à un grand emportement.
   Qu'il semblait que je fusse le voleur et son fils le volé, et qu'enfin il avait vomi feux et flammes contre moi, LESAGE Guzm. d'Alfar. IV, 7.
   Dès qu'il apprit que j'avais fait pour lui un aveu qu'il n'avait pas fait, il jeta feu et flamme, m'accusant de l'avoir trahi, MARMONTEL Mém. VIII.
   Prendre feu, s'enflammer. Les matières sèches prennent feu très facilement.
   Fig. Prendre feu, s'émouvoir, s'irriter vivement et tout à coup.
   Vous voudriez que je prisse feu d'abord contre eux, MOL. Impr. 3.
   Nous allons voir comme on faisait prendre feu à Luther, BOSSUET Var. 6.
   Il ajouta en riant qu'il lui était plus aisé de donner la paix à l'Europe que de la donner à deux femmes, et que nous prenions feu pour des bagatelles, MAINTENON Lett. à Mme de Frontenac, 1680.
   Le peuple prend feu aussitôt : il pousse mille cris confus remplis d'indignation et de menaces, VERTOT Révol. rom. t. II, p. 141.
   La décence même y babille, Et par la gaieté qui prend feu Se laisse coudoyer un peu, BÉRANG. Gourmand..
   Fig. Mettre le feu aux étoupes, provoquer, causer l'explosion de passions, de sentiments, tels que la colère, l'amour, etc.
   On dit dans un sens analogue : Le feu prend aux étoupes.
   Fig. C'est le feu et l'eau, se dit de deux choses tout à fait contraires, de deux personnes qui se haïssent, ou qui sont d'opinions opposées, de caractères incompatibles.
   Fig. On dit que le feu est à une marchandise, pour signifier qu'il y a presse à l'acheter (cette locution vieillit).
   Fig. Familièrement. N'y voir que du feu, être ébloui au point de ne rien voir, et aussi ne rien comprendre dans une affaire ; locution tirée de ce que, quand un coup est porté sur la tête ou les yeux, on voit beaucoup d'étincelles, mais sans rien distinguer au moment du coup.
   Il se dit quelquefois pour calorique.
   Le feu répandu dans l'intérieur du globe, ce feu caché dans l'eau et dans la glace même est probablement la source impérissable de ces exhalaisons, de ces vapeurs dont nous sommes continuellement environnés, VOLT. Dict. phil. Air..
   Chez les anciens, un des quatre éléments, avec l'air, l'eau et la terre.
   Dans l'ancienne physique, le feu élémentaire, le feu pur.
   La lumière, dit-on, et le feu élémentaire ne sont qu'une même chose, une seule substance ; cela peut être : mais, comme nous n'avons pas encore d'idée nette du feu élémentaire, abstenons-nous de prononcer sur ce premier point, BUFF. Minér. t. VI, p. 25, dans POUGENS.
   Le feu, objet principal du culte des anciens Persans.
   C'est vous, ô Seigneur notre Dieu, qui avez choisi vous-même Abram, qui l'avez tiré du feu des Chaldéens, et qui lui avez donné le nom d'Abraham, SACI Bible, Esdras, II, IX, 7.
   Feu sacré, feu qui, chez les Romains, était entretenu constamment et gardé nuit et jour par les vestales.
   Fig. Feu sacré se dit de sentiments nobles et passionnés qui se conservent et se transmettent. Le feu sacré de la liberté.
   On a été assez heureux pour conserver les ouvrages de votre père [Cicéron] et ceux de quelques autres grands hommes ; ainsi le feu sacré n'a jamais été totalement éteint, VOLT. Dial. 13.
   On dit aussi : Ce poëte est animé du feu sacré, c'est-à-dire il a du génie. Cet écrivain manque du feu sacré, n'a pas le feu sacré.
   Feu sacré, dévouement, zèle à servir ; il s'est beaucoup dit sous le premier empire.
   Nos aimables barons, formés sur le modèle d'Elleviou, vous enseigneront la belle tenue de l'état-major de Berthier et l'étiquette des maréchaux, sans oublier le dévouement, l'enthousiasme, le feu sacré, P. L. COUR. Lettr. X.
   Feu central, dénomination par laquelle on désigne le foyer de chaleur qu'on suppose exister au centre du globe terrestre, à cause de la température croissante qu'on observe à mesure qu'on pénètre dans le sein de la terre.
   Feux souterrains, feux qui existent sous le sol et qui se manifestent par les éruptions volcaniques, les eaux thermales, etc.
   On voit par tout ce que nous venons de dire, combien les feux souterrains contribuent à changer la surface et l'intérieur du globe, BUFF. Hist. nat. 2e disc. Oeuvr. t. I, p. 167, dans POUGENS..
   Incendie, embrasement. Les ravages du feu. Le feu dura plusieurs jours.
   Je vis la maison de Guitaut toute en feu, SÉV. 20.
   La ville était prise, le feu était déjà de tous côtés, BOSSUET Hist. II, 8.
   La plupart des maisons et des palais qui avaient échappé au feu servirent d'abri aux chefs, et tout ce qu'elles contenaient fut respecté, SÉGUR Hist. de Nap. VIII, 8.
   Je m'élance, et, soudain l'enlevant dans mes bras, Je traverse les feux, je l'arrache au trépas, BRIFFAUT Ninus II, I, 1.
   Et l'astre [le soleil], qui tombait de nuage en nuage, Suspendait sur les flots son orbe sans rayon, Puis plongeait la moitié de sa sanglante image, Comme un navire en feu qui sombre à l'horizon, LAMART. Harm. II, 2.
   Se rendre maître du feu, empêcher qu'un incendie ne fasse des progrès, ne s'étende.
   Mettre le feu, incendier.
   Nabuchodonosor fit mettre le feu dans le temple, BOSSUET Hist. II, 8.
   Fig. Mettre le feu, porter le trouble, soulever les passions.
   Je craindrais que la cajolerie Ne mît le feu dans la maison, LA FONT. Oies..
   Fig. Le feu se met dans ses affaires, est dans ses affaires, se dit de celui dont les affaires sont dérangées et que ses créanciers poursuivent.
   Il en vint d'abord quelques-uns, de ces indignes amis ; mais, dès qu'ils virent que le feu était dans les affaires, et que la fortune de leur amie s'en allait en ruine, ils courent encore, MARIV. Pays. parv. 1re part..
   Le feu plus que jamais s'est mis dans mes affaires, DORAT Feinte par amour, I, 5.
   Mettre le feu dans les affaires, dans l'affaire, se dit de créanciers qui poursuivent vivement un homme embarrassé dans ses affaires.
   D'Orieu et quelques magistrats très riches, nos créanciers, avaient voulu mettre le feu à nos affaires, SAINT-SIMON 18, 215.
   Si l'on met le feu dans l'affaire, si l'on dispute au lieu de se rapprocher, nous perdons tout, PICARD Duhautcours, IV, 5.
   Courir au feu, se hâter de porter du secours quand un incendie éclate.
   Fig. On y court comme au feu, se dit des spectacles et, en général, de tout ce qui attire un grand concours de personnes.
   Mais vous, que vous vendez de ces toiles de soie !- La lingère : De vrai, bien que d'abord on en vendît fort peu, à présent, Dieu nous aime, on y court comme au feu, CORN. la Gal. du pal. I, 4.
Courir comme au feu, se dit aussi d'un grand empressement.
   Vous n'avez qu'à parler, madame, je cours au notaire comme au feu, DANCOURT la Femme d'intrigue, IV, 12.
   Jeter des cris de feu, jeter de grands cris, des cris de désespoir, comme dans un incendie.
   Faire la part du feu, se dit, dans un incendie, quand, laissant brûler des parties qu'on croit ne pouvoir sauver, on s'attache à préserver ce qu'il y a chance de préserver.
   Les autres chefs, ses vieux compagnons de gloire [du maréchal Mortier], l'avaient quitté les larmes aux yeux ; et l'empereur, en lui disant qu'il comptait sur sa fortune, mais qu'au reste, à la guerre, il fallait bien faire une part au feu [on le laissait à Moscou]...., SÉGUR Hist. de Nap. IX, 6.
   Un feu de cheminée, l'incendie qui éclate dans une cheminée, et qui, y étant concentré, n'a rien de bien grave.
   Fig. Il a mis le feu à la cheminée, se dit de celui qui, ayant mangé des mets trop salés, trop épicés, s'est mis le gosier en feu.
   Toute matière combustible allumée. Feu vif, ardent.
   On me fit du feu, SÉV. 14.
   On arrive, on fait grand feu, SÉV. 78.
   Les nymphes avaient eu soin d'allumer un grand feu de bois de cèdre, FÉN. Tél. I.
   Il en est des livres comme du feu dans nos foyers ; on va prendre du feu chez son voisin ; on l'allume chez soi, on le communique à d'autres, et il appartient à tous, VOLT. Dict. phil. Prior..
   Combien le feu tient douce compagnie Au prisonnier, dans les longs soirs d'hiver !, BÉRANG. Feu du prison..
   Feu clair, feu accompagné d'une flamme claire.
   Faire grande chère et bon feu, faire de grandes dépenses pour ses amusements.
   Prendre un air de feu, prendre l'air du feu, se chauffer à la hâte et comme en passant.
   Populairement, prendre une poignée de feu, même sens.
   Feu de reculée, très grand feu, ainsi dit parce qu'il force à se reculer.
   Un feu à rôtir un boeuf, un très grand feu.
   Un feu d'enfer, un feu très violent. Il y a toujours un feu d'enfer dans cette verrerie.
   Mettre de l'eau sur le feu, mettre sur le feu un vase plein d'eau.
   Mettre les fers au feu, voy. fer.
   Mettre le feu au four, chauffer le four.
   Passer une chose au feu, la passer au travers de la flamme.
   Montrer une chose au feu, la présenter au feu pour la faire sécher ou pour la faire chauffer légèrement.
   Donner le feu à un navire, chauffer les parties sur lesquelles on veut appliquer du brai ou du goudron.
   Jeter au feu, se dit de quelque objet qu'on veut anéantir.
   J'avais déjà commencé une tragédie, je l'ai jetée au feu ; et je conseille à tous ceux qui ont la manie de travailler en ce genre d'en faire autant, VOLT. Déf. de mon oncle, ch. XX..
   Fig. Feu de paille, se dit pour exprimer qu'un sentiment, qu'une ardeur est de peu de durée et s'éteint vite.
   Mon amour est un feu de paille Qui luit et meurt en un instant, SCARRON Poésies, dans LE ROUX, Dict. comique..
   Feu de paille se dit aussi de troubles passagers. Cette sédition ne fut qu'un feu de paille.
   Attiser, souffler le feu, le rendre plus vif en rapprochant les tisons ou en soufflant ; et fig. exciter les passions, les troubles, envenimer les querelles.
   Jeter de l'huile sur le feu, le rendre plus actif, en y versant de l'huile ; et fig. exciter encore des passions déjà allumées.
   Couvrir le feu, mettre de la cendre sur des tisons, sur des charbons, afin d'y conserver du feu.
   Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux, RAC. Andr. II, 2.
   S'il me reste encore quelque feu caché sous la cendre, mes anges souffleront, et il se ranimera, VOLT. Lett. d'Argental, 29 juin 1761.
   Couvre-feu, garde-feu, voy. ces mots à leur rang alphabétique.
   Fig. Faire trop grand feu du bois de quelqu'un, user trop librement de son argent, de ses provisions.
   Il faisait en un mot trop grand feu de mon bois, MONTFLEURY Femme juge et part. IV, 2.
   Jouer avec le feu, manier du feu pour s'amuser ; et fig. s'exposer imprudemment à quelque péril.
   Enfant qui joue avec le feu, LAMART. Ép. à M. Léon Bruys d'Ouilly..
   Fig. Faire feu qui dure, ménager son bien, sa santé.
   Qui veut voyager loin ménage sa monture ; Buvez, mangez, dormez, et faisons feu qui dure, RAC. Plaid. I, 1.
   Fig. Mettre le feu sous le ventre à quelqu'un, l'exciter vivement.
   Populairement et bassement. Il court comme s'il avait le feu au derrière, se dit d'un homme qui s'enfuit fort vite.
   Il se dit quelquefois pour ce qui sert à allumer. J'ai un cigare, mais je n'ai pas de feu. Avez-vous du feu sur vous ? Donnez-moi du feu, c'est-à-dire une allumette, ou votre cigare allumé pour allumer le mien.
   Terme de cuisine. Donner le feu trop chaud trop ardent à la viande, la faire rôtir à trop grand feu.
   Cuire à petit feu, c'est-à-dire en faisant un petit feu.
   On dit qu'une chose doit seulement voir le feu, quand elle doit être cuite légèrement et promptement.
   Entre deux feux se dit de plats que l'on fait cuire avec du feu dessous et dessus, comme les gratins.
   Faire griller quelque chose au feu d'enfer, le mettre au feu d'enfer, le faire griller à un feu vif de charbons, après l'avoir fortement saupoudré d'épices.
   Coup de feu, action d'animer le feu pour donner aux mets le dernier degré de cuisson. Le cuisinier est dans son coup de feu, Voy aussi le n° 16.
   Fig. et familièrement. Coup de feu, le moment où l'on est le plus occupé. Il est dans son coup de feu.
10°   Feux de joie, ceux qu'on allume sur les hauteurs ou sur les places publiques en signe de réjouissance.
   Ce même peuple, un an auparavant, avait fait des feux de joie de la prise de M. le prince, LAROCHEF. Mém. 148.
   On a fait à Vienne, à Londres, à Versailles des feux de joie pour des batailles que personne n'avait gagnées, VOLT. Cons. à un journal..
   Quand Babylone en feu célébrait vos conquêtes, VOLT. Sémir. I, 1.
   Feu de la Saint-Jean, feu qu'on allume le jour de la Saint-Jean.
   Nous avons fait deux admirables feux devant cette porte ; c'était la veille et le jour de Saint-Jean ; il y avait plus de trente fagots, SÉV. 26 juin 1680.
   Faire les feux, s'est dit absolument pour faire des feux de joie, se réjouir.
   Faites-en les feux dès ce soir, LA FONT. Fabl. II, 15.
11°   Au plur. Il se dit des feux qu'allume une armée, et de son bivouac.
   Déjà les feux sont presque éteints ; Et le silence règne en ces lieux inhumains, VOLT. Triumv. IV, 2.
   Quelqu'un l'arrêta [l'empereur], en lui montrant l'arrière-garde ennemie entre lui et la ville, et derrière, les feux d'une armée de cinquante mille hommes, SÉGUR Hist. de Nap. VII, 13.
   Des feux qui brillèrent sur notre gauche dans la nuit du 23 au 24 avertirent du mouvement des Russes vers Malolaroslavetz, SÉGUR ib. IX, 2.
12°   Le feu, le supplice du bûcher. Le supplice du feu.
   Le Tartuffe dans leur bouche [des hypocrites] est une pièce qui offense la piété ; elle est d'un bout à l'autre pleine d'abominations, et l'on n'y trouve rien qui ne mérite le feu, MOL. Tart. Préf..
   L'un, défenseur zélé des bigots mis en jeu, Pour prix de ses bons mots le condamnait au feu, BOILEAU Épît. VII.
   On reprochera toujours à la mémoire du cardinal de Richelieu la mort de ce fameux curé de Loudun, Urbain Grandier, condamné au feu comme magicien par commission du conseil, VOLT. Louis XIV, 2.
   Brûler à petit feu, brûler lentement un condamné, afin de rendre le supplice plus cruel.
   Elle est brûlée à petit feu à la Grève, SÉV. 406.
   L'empereur du Japon fait brûler à petit feu les chrétiens qui sont dans ses États, MONTESQ. Espr. XXV, 13.
   On brûla à petit feu dans Valladolid tous ceux qui étaient soupçonnés ; et Philippe des fenêtres de son palais contemplait leur supplice, et entendait leurs cris, VOLT. Moeurs, 163.
   Par extension.
   La fièvre brûla deux ans Voiture à petit feu, SARRASIN dans RICHELET.
   Fig.
   Il n'y avait point encore de nouvelles, c'est brûler à petit feu, SÉV. 305.
   Faire mourir quelqu'un à petit feu, lui causer des peines d'esprit, des inquiétudes, des chagrins qui le minent.
   Un diable de neveu Me fait par ses écarts mourir à petit feu, PIRON Métrom. II, 1.
   Au moyen âge, épreuve du feu, épreuve qui s'employait pour décider des accusations.
   On faisait porter au plaideur, à une certaine distance, un morceau de fer rougi au feu ; on mettait aussitôt ses mains dans un sac, et si, à l'expiration d'un délai fixé, elles portaient les marques du feu, il était irrévocablement condamné, BARGINET Hist. du gouv. féodal, II, 2.
   Fig. Par allusion aux anciennes épreuves par le feu. Mettre la main au feu pour une personne ou une chose, être sûr que la main mise au feu pour soutenir cette personne ou cette chose ne brûlerait pas, de même que ne brûlerait pas la main de l'innocent.
   En mettre mon doigt au feu, LA FONT. Nic..
   J'aurais pour elle au feu mis la main que voilà, MOL. Éc. des mar. III, 10.
   Il aurait mis sa main au feu qu'elle n'était pas revenue, HAMILT. Gramm. 10.
   On dit dans le sens contraire : Je n'en mettrais pas la main au feu.
   Fig. et familièrement. Il se jetterait dans le feu pour lui, il se mettrait au feu pour lui, il ferait tout pour lui prouver son affection, son dévouement.
   Ne savez-vous pas que je me mettrais au feu pour vous faire plaisir ?, GENLIS Théât. d'éduc. la Lingère, I, 2.
   Danse du feu, danse de sauvages dans l'Amérique septentrionale, autour du poteau auquel ils attachent leurs prisonniers.
   Le feu de l'enfer, les tourments des damnés.
   Ou la princesse palatine portera la lumière dans vos yeux, ou elle fera tomber, comme un déluge de feu, la vengeance de Dieu sur vos têtes, BOSSUET Anne de Gonz..
   Le feu du purgatoire, les peines que souffrent les âmes dans le purgatoire.
13°   Cautérisation à l'aide du fer rouge. Il faut appliquer le feu aux plaies faites par la morsure des chiens enragés.
   À mesure qu'Hercule coupe les têtes de l'hydre, Iolas y applique le feu, afin de les empêcher de renaître, BALZ. De la cour, 1er disc..
   Fig. Employer le fer et le feu, employer les remèdes, les moyens les plus violents.Bouton de feu, instrument de fer en forme de bouton qui, chauffé, sert à faire des cautérisations.
   Feu potentiel s'est dit autrefois pour ce qu'on nomme aujourd'hui cautère potentiel.
   Terme de maréchal. Donner le feu à un cheval, appliquer un couteau de fer tout ardent sur quelque tumeur qu'on veut résoudre.
14°   Terme de chimie. Feu nu ou immédiat, le feu ordinaire sur lequel on met un vaisseau.
   Feu de roue, un feu disposé en cercle autour d'un creuset.
   Feu de réverbère, celui qui se fait dans un fourneau, par la réverbération de la chaleur, qui frappe le vaisseau par-dessus et tout autour.
   Feu de fusion, charbons allumés autour d'un creuset.
   Feu de suppression, un feu de charbons dont on couvre tout à fait le creuset ou le vaisseau.
   Feu de lampe, se dit d'un appareil dans lequel le vaisseau est échauffé par la chaleur toujours égale d'une lampe.
   Feu de bain, celui du bain de vapeurs, du bain-marie, du bain de cendre et autres de cette espèce.
   Feu de digestion, ou ventre de cheval, la chaleur du fumier.
   Feu olympique, le feu du soleil, dont on ramasse les rayons avec des verres ardents.
   Fig. et familièrement. Faire feu violet, faire du feu violet, faire quelque chose qui éclate d'abord, où il paraît de la vivacité, mais qui bientôt se dément. Locution prise de ce qu'une flamme qui n'est pas blanche n'est pas portée à un haut degré d'incandescence.
15°   Terme de métallurgie. Feu, bas fourneau où s'opère la réduction d'un métal.
   Feu catalan, bas fourneau en forme de renardière.
   Feu d'atteinte ou de fusion, celui qu'on emploie pour la fusion et la calcination des métaux.
   On dit dans les verreries, le premier, le second, le troisième feu, pour marquer le degré d'avancement de l'ouvrage.
16°   Coup de feu, défaut résultant de l'action trop vive du feu sur un objet. Cette porcelaine a un coup de feu. Ce rôti a un coup de feu.
17°   Pompe à feu, pompe mue par une machine à vapeur, s'entend quelquefois de la machine elle-même.
   Cheval de feu, synonyme peu usité de cheval-vapeur.
   Pompe à feu, se dit aussi des pompes à incendie.
18°   Décharges d'armes à feu. Essuyer le feu de l'ennemi.
   Il arrive sans artillerie, monte à l'escalade de la citadelle sous le feu du canon ennemi, et, malgré une résistance opiniâtre, il prend la forteresse, VOLT. Moeurs, 152.
   Tel court au feu avec intrépidité qui ne laisse pas d'être un très mauvais officier, J. J. ROUSS. Scienc. 2.
   Soldat bientôt, courant au feu, Je perdis une jambe en route, BÉRANG. Ange gard..
   Il presse Davout qui le suit ; mais ce maréchal n'arriva près du champ de bataille qu'avec la nuit, quand les feux s'affaiblissaient, quand tout était décidé, SÉGUR Hist. de Nap. IX, 2.
   On vit alors son frère [du général Delzons] se jeter sur lui, le couvrir de son corps, le serrer dans ses bras, et vouloir l'arracher du feu et de la mêlée ; mais une seconde balle l'atteignit lui-même, et tous deux expirèrent ensemble, SÉGUR ib..
   Les avant-postes des deux empires répugnaient à renouveler les hostilités ; un nouvel ordre vint, une même hésitation y répondit ; enfin Murat, irrité, commanda lui-même, et ces feux dont il semblait menacer l'Asie, mais qui ne devaient plus s'arrêter qu'aux rives de la Seine, recommencèrent, SÉGUR ib. VIII, 6.
   Faire feu, se dit d'une troupe qui tire avec ses fusils et son artillerie.
   L'armée faisait un feu continuel sur celle de Marlborough, VOLT. Louis XIV, 19.
   On dit semblablement dans la marine : faire feu des deux bords. Feu de tribord. Feu de bâbord.
   Faire feu, se dit aussi d'un soldat qui lâche isolément un coup de fusil La sentinelle fit feu, et le poste accourut.
   Feu de peloton, décharge faite à la fois par tout un peloton.
   Feu de deux rangs ou de file, feu d'une troupe qui tire par file et sans interruption.
   Feu roulant, tir d'une troupe tel que, chaque homme ou chaque division tirant à volonté, il en résulte une suite incessante de coups.
   Les Anglais firent un feu roulant, c'est-à-dire qu'ils tiraient par divisions, VOLT. Louis XV, 15.
   Fig. Un feu roulant de saillies, d'épigrammes, saillies, épigrammes lancées coup sur coup.
   Faire un feu d'enfer, tirer rapidement un grand nombre de coups de canon, de coups de fusil.
   Éteindre le feu ou les feux de l'ennemi, démonter ses canons et les empêcher de tirer par une artillerie supérieure en nombre ou en habileté.
   Exercice à feu, voy. exercice.
   Entre deux feux, se dit d'un corps de troupes enveloppé par l'ennemi et sur lequel on tire de deux côtés.
   Cinq fois dans cette journée ce poste se trouva dépassé par les colonnes russes qui poursuivaient les nôtres, et cinq fois ses coups, ménagés et tirés à propos sur leur flanc et sur leurs derrières, inquiétèrent et ralentirent leur impulsion ; puis, quand nous reprenions l'offensive, cette position les mettait entre deux feux, et assurait le succès de nos attaques, SÉGUR Hist. de Nap. IX, 2.
   Fig. Entre deux feux, se dit d'une personne pressée de deux côtés par des créanciers également menaçants, par des ordres contraires, etc.
   Aller au feu, aller à un combat où l'on se sert d'armes à feu.
   Voir le feu, assister à un combat. Ces troupes n'avaient pas encore vu le feu.
   Familièrement. Aller au feu comme à la noce, marcher allégrement au combat.
   Accoutumer un cheval au feu, l'accoutumer à entendre tirer des coups de fusil, de canon, sans en être effrayé.
   Elliptiquement, feu ! se dit pour commander à une troupe de tirer.
   Faire long feu, se dit au propre d'une arme dont le coup est lent à partir.
   Fig. Faire long feu, se dit d'une affaire qui traîne en longueur.
   Faire faux feu, se dit en parlant d'une arme à feu, lorsque l'amorce prend feu sans que le coup parte.
   Lance à feu, sorte de fusée emmanchée qui sert à mettre le feu à une pièce d'artillerie ou d'artifice.
   Mettre le feu à un canon, allumer l'amorce qui enflamme la charge.
   Mettre le feu aux poudres, faire sauter un magasin de poudre ; et fig. provoquer l'explosion de révoltes, de séditions, de révolutions, d'entreprises violentes.
   On dit dans un sens analogue : le feu prend aux poudres.
   Les armes à feu, les fusils, les pistolets, les canons, les mortiers.
   Bouche à feu, une pièce d'artillerie.
   Coup de feu, détonation, décharge d'un fusil. On entendait des coups de feu dans le bois.
   Blessure faite par une arme à feu. Il avait un coup de feu à la jambe.
   Pot à feu, voy. pot.
   Feu grégeois, voy. grégeois.
19°   Terme de fortification. Le flanc du bastion d'où l'on tire sur l'ennemi.
20°   Feu d'artifice, jeux et effets de lumière produits par la préparation de matières inflammables d'après les règles de la pyrotechnie. Tirer un feu d'artifice.
   C'est au mélange de la limaille de fer avec du zinc que sont dus les beaux effets de nos feux d'artifice, BUFF. Min. t. v, p. 410, dans POUGENS.
   Fig. Suite de traits brillants dans la conversation.
   Feu chinois, sorte d'imitation des feux d'artifice, au moyen de transparents, qui sert de jouet aux enfants.
21°   Le feu qu'on entretient ordinairement dans une cheminée, dans un poêle. Il y a presque toujours six feux dans cette maison.
   Il ne faut que deux feux, MAINTENON Lett. à d'Aubigné, t. I, p. 174, dans POUGENS.
22°   Cheminée, chambre à feu.
   Que l'artisan ne puisse transmettre à ses enfants la cabane qu'il a bâtie et où ils sont nés, le champ qu'il a acquis et payé du produit de son travail, le lit même où ses enfants recueilleront ses derniers soupirs, s'ils n'ont pas vécu avec lui sous le même toit, au même feu et à la même table, VOLT. Mél. littér. autre lettre d'un bénédictin..
   Le coin du feu, un des coins de la cheminée, voy. coin. Les plaisirs du coin du feu.
   Vous autres héros seriez bien fâchés qu'on vous laissât vivre tranquillement ; vous croyez être demeurés au coin du feu, à moins que vous ne vous alliez brûler sur le mont Oeta, de même que fit Hercule, LA FONT. Lett. XXIV.
   J'étais au coin du feu de Mme de la Fayette, SÉV. 18.
   Au coin de mon feu vint s'asseoir Un étranger vêtu de noir, Qui me ressemblait comme un frère, A. DE MUSSET Poésies nouv. Nuit de décembre.
   Fig. Il n'a jamais quitté le coin de son feu, il n'a jamais voyagé.
   Place au feu et à la chandelle, accès auprès de la cheminée et auprès de la table où la chandelle est allumée ; ancienne formule des gîtes d'étape.
23°   Garniture de feu, ou, simplement, feu, l'ensemble de ce qui garnit une cheminée (chenets, pelle et pincettes). Acheter un beau feu.
   Il me faut un feu doré ; que la grille en soit très grosse ; j'aime le grand feu préférablement à toute autre délicatesse, MAINTENON Lett. à d'Aubigné, 10 fév. 1681.
24°   Un ménage, une famille, dans un village ou dans un bourg. Il y a cent feux dans ce village.
   L'auteur réduit chaque feu à trois personnes ; mais, par le calcul que j'ai fait dans toutes les terres où j'ai été et dans celle que j'habite, je compte quatre personnes et demie par feu, VOLT. Dict. phil. Population..
   Suivant le dénombrement des feux exactement fait en 1751, VOLT. ib. Lois (Esprit des)..
   La répartition des impôts est d'autant plus facile dans cette province [la Provence], qu'elle a été divisée en différents feux, mesure conventionnelle qui exprime une valeur quelconque.... cette opération se borne à dire ; si l'on divise la province en tant de feux, combien telle ville doit-elle avoir de feux, par rapport à telle autre ? et ensuite, si la province doit payer telle somme, combien doit-on payer par feu ?, MIRABEAU Collection, t. II, p. 378.
   Terme d'administration. À feux croissants, se dit de la quantité croissante de bois que des usagers prennent dans une forêt.
   Le droit d'usage en bois prélève directement une part importante des produits forestiers, et, lorsqu'il est constitué à feux croissants, c'est-à-dire susceptible de s'accroître avec la population usagère, il finit souvent par absorber la totalité de ces produits, DE FORCADE Rapport au min. des fin. 20 fév. 1860, in-4°, p. 23.
N'avoir ni feu ni lieu, n'avoir point de logis assuré, mener une vie vagabonde.
   Mais moi, grâce au destin, qui n'ai ni feu ni lieu, Je me loge où je puis et comme il plaît à Dieu, BOILEAU Sat. VI.
   Puisqu'ici la vertu n'a plus ni feu ni lieu, BOILEAU Sat. I.
   M. de Valentinois n'avait ni feu ni lieu que chez son beau-père, SAINT-SIMON 33, 129.
   Par extension.
   Mme de Vins a été à Saint-Germain ; bon Dieu quelle différence ! on lui a fait assez de compliments, mais c'était son pays, et elle n'y a plus ni feu ni lieu, SÉV. 7 fév. 1680.
   Fig.
   En elles la santé n'avait ni feu ni lieu, RÉGNIER Sat. XIV.
25°   Il se dit de la simple lueur des torches, des flambeaux, des fanaux. Il est défendu de chasser au feu, de pêcher au feu.
26°   Terme de palais. Bougies dont on se sert aux audiences des criées pour déterminer la durée du temps pendant lequel on peut enchérir. Aucune adjudication ne doit être faite qu'après l'extinction de trois feux.
27°   Terme de théâtre. Ce qu'un acteur reçoit en sus de ses appointements fixes, chaque fois qu'il joue ; usage dont l'origine est ainsi rapportée par CASTIL-BLAZE, Hist. de l'Acad. de musique : Les chanteurs et symphonistes de la musique du roi recevaient, en sus de leurs appointements, du pain, du vin et de la viande à six bonnes fêtes de l'année ; ces aliments furent appréciés en argent en 1 700, et chaque musicien reçut ainsi un supplément ; à la fin du XVIIIe s. ce supplément fut appliqué aux bougies, que les premiers sujets voulaient avoir au lieu de chandelles dans leurs cabinets, et dès lors la somme allouée prit le nom de feux. Ce rôle [du chien de Montargis, dans le mélodrame de ce nom] fut créé dans l'origine par un caniche nommé Vendredi, appartenant à l'un des administrateurs du théâtre de la Gaî ; parmi ses successeurs, on cite avec éloge Catulle, qui avait été dressé par un artiste du même théâtre et qui recevait cinq francs de feux par représentation, Biblioth. des chartes, 5e série, t. V, p. 524.
28°   Torche, instrument de destruction. Les soldats marchaient le fer et le feu dans les mains.
   Mettre à feu et à sang, exercer toutes les destructions, toutes les cruautés de la guerre.
   Il l'empêche d'y mettre tout à feu et à sang, BOSSUET Hist. I, 11.
   Henri IV prit enfin le seul parti qui convenait à sa situation et à son caractère : il fallait se résoudre ou à passer sa vie à mettre la France à feu et à sang et hasarder sa couronne, ou ramener les esprits en changeant de religion, VOLT. Hist. parl. ch 34.
   Fig. et familièrement. Rompre à feu et à sang, se brouiller à feu et à sang, se dit de personnes entre qui éclate une très vive inimitié.
   Il m'a dit que l'archevêque de Reims rompait à feu et à sang avec le coadjuteur s'il ne venait avec vous, SÉV. 19 janv. 1674.
   Marmontel et l'abbé Arnaud sont brouillés à feu et à sang, LAHARPE Correspond. t. II, p. 74, dans POUGENS.
29°   Fanal allumé sur une plage. On entretient des feux sur toutes les côtes. Le feu du Havre. Feu fixe, fanal qui est immobile. Feu tournant, fanal qui tourne mû par des rouages. Feu à éclipse, fanal qui cesse à des intervalles réglés de luire, ce qui le fait reconnaître des navigateurs. Feu à éclats, feu dont l'intensité varie par des interpositions de verres.
   Terme de marine. Se dit des fanaux allumés la nuit sur un bâtiment pour faire connaître la position qu'il occupe.
   Porter le feu, se dit du vaisseau amiral qui guide la flotte.
   Feu de conserve, artifice nommé aussi moine, qui brûle lentement.
   Faux feux, signaux qui se font avec des amorces de poudre.
30°   Météore enflammé. Le ciel brille d'éclairs et de feux.
   Le ciel est tout en feu, il est sillonné à chaque instant par les éclairs.
   Le feu du ciel, la foudre.
   Le feu du ciel est tombé sur vos moutons et sur ceux qui les gardaient, et il a tout réduit en cendres, SACI Bible, Job, I, 16.
   Feu Saint-Elme, voy. ELME (SAINT-)
   Feu follet, voy. follet.
31°   Feu grisou, voy. grisou.
32°   Il se dit de la lumière des astres, du soleil.
   L'Orient était tout en feu, FÉN. Tél. VI.
   Les feux du firmament, les feux de la nuit, les astres.
   Les feux du jour, de l'aurore, l'éclat du jour.
   Vous flattez nos tyrans ; aux premiers feux du jour Un jeune ambitieux vous voit grossir sa cour, C. DELAV. Vêpres sicil. I, 2.
   Dieu du jour ! Dieu des nuits ! Dieu de toutes les heures ! Laisse-moi m'envoler sur les feux du soleil !, LAMART. Harm. I, 2.
33°   La chaleur du soleil. Les feux d'un soleil brûlant.
   Les feux de l'été, les chaleurs excessives de l'été.
   Rien ne peut arrêter sa vigilante audace [de Louis XIV] ; L'été n'a point de feux, l'hiver n'a point de glace, BOILEAU Lutr. II.
On dit de même les feux de la canicule.
34°   Éclat que lance un diamant frappé par la lumière.
   Il [le diamant] est fort beau, sans doute, et jette quantité de feux, MOL. l'Av. III, 12.
   L'or et les diamants brillent sur ses habits ; Son turban disparaît sous les feux des rubis, VOLT. Scythes, I, 1.
   Ces feux sont les couleurs de la lumière décomposée (rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet) qui viennent frapper l'oeil.
   Fig. Le feu des regards, des regards animés.
   C'était des yeux pleins de feu, des regards agaçants, HAMILT. Gramm. 6.
   Personne n'osait approcher, tant la hardiesse de l'entreprise et le feu qui sortait de ses yeux avaient jeté d'épouvante parmi les ennemis, ROLLIN Hist. anc. Oeuvres, t. VI, p. 532, dans POUGENS.
   Il rassemble avec eux ces bataillons épars, Qu'il anime, en marchant, du feu de ses regards, VOLT. Henr. VIII.
   Le feu lui sort par les yeux, ses yeux étincellent de colère.
   Le feu sort à travers ses humides prunelles, BOILEAU Épître IV.
35°   Couleur de feu, couleur qui ressemble à celle du feu. Un ruban couleur de feu.
   Le chevalier était tout couvert de couleur de feu et fort brillant, MAINTENON Lett. à Mme de Villarceaux, 27 août 1660.
   Près d'entrer dans ces maisons [de Moscou], toutes closes et inhabitées, ils avaient entendu en sortir une faible explosion ; elle avait été suivie d'une légère fumée qui aussitôt était devenue épaisse et noire, puis rougeâtre, enfin couleur de feu, et bientôt l'édifice entier s'était abîmé dans un gouffre de flammes, SÉGUR Hist. de Nap. VIII, 6.
   Tache de feu, ou, simplement, feu, tache rousse qui se voit sur la tête ou le corps de certains chevaux, chiens ou autres animaux. Ce cheval a du feu au flanc.
   Marque de feu, tache d'alezan vif tranchant sur le fond de la robe.
36°   Vive chaleur qui, par un effet vital, se fait sentir dans le corps ou dans une partie du corps. Le feu de la fièvre. Être tout en feu. Le piment met la bouche en feu.
   Je savourais la proposition, cette fortune subite mettait mes esprits en mouvement ; le coeur m'en battait, le feu m'en montait au visage, MARIV. Pays. parv. 1re part..
   Visage en feu, visage rougi par l'effet de la colère, du vin, etc.
   Le feu du rasoir, sensation brûlante qu'on éprouve à la face quand on vient de se faire la barbe.
37°   Nom vulgaire de diverses éruptions.
   Feu volage, rougeur passagère à la face ou au cou, qu'on aperçoit quelquefois chez les femmes hystériques ou mal réglées, et chez les enfants.
   Feu volant, synonyme d'échauboulure.
   Feu sacré, un des noms de l'érysipèle.
   Feu persique, nom donné jadis au zona.
   Feu de dents, éruption déterminée chez les enfants par la dentition.
   Feu Saint-Antoine, maladie (probablement un érysipèle gangréneux) qui a fait de grands ravages en France vers le XIe siècle.
   Terme de vétérinaire. Feu d'herbes, espèce d'éruption qui se manifeste particulièrement chez les vaches.
   Feu, synonyme de rafle 2.
   Feu sacré, voy. bouquet.
   Terme rural. Maladie que contractent les plantes pendant les sécheresse.
38°   Il se dit des passions, des sentiments, des mouvements de l'âme comparés à un feu qui brûle. Le premier feu de la colère, Le feu du courage. Cela diminua le feu de son zèle.
   Une épouse fringante et jeune et dans son feu, LA FONT. Coupe..
   Comme elles [l'ambition et l'amour] demandent beaucoup de feu, PASC. Amour..
   Ces passions ne sont plus que l'esprit même, et ainsi elles remplissent toute sa capacité ; je ne parle que des passions de feu, PASC. ib..
   Enfin les feux de la jeunesse ont passé ; je suis vieux, et je me trouve à cet égard [à l'égard des femmes] dans un état tranquille, MONTESQ. Lett. pers. 9.
   Ce coeur triste et flétri, que les ans ont glacé, Ne peut sentir les feux d'un désir insensé, VOLT. Fanat. I, 1.
   Le feu de son jeune âge et de ses passions, VOLT. Brutus, III, 2.
   Le comte d'Alberg joignait le feu d'un jeune homme à l'expérience de soixante campagnes, VOLT. Charles XII, 2.
   Désir de fille est un feu qui dévore, Désir de nonne est cent fois pis encore, GRESSET Vert-vert, ch. II.
   Quand on se plaignait à lui de mes emportements, il se con tentait de répondre : ce feu de jeunesse passera, GENLIS Veillées du chât. t. I, p. 279, dans POUGENS.
   Prétextat l'a soustraite à mes sévérités ; Ses discours pleins de feu...., LEMERC. Frédég. et Brun. II, 5.
   À cette nouvelle, Napoléon retrouve le feu de ses premières années : mille ordres d'ensemble et de détail, tous différents, tous d'accord, tous nécessaires, jaillissent à la fois de son génie impétueux, SÉGUR Hist. de Nap. VIII, 11.
   Mais quand ce feu céleste [l'amour de la gloire] éblouirait ton âme...., LAMART. Harm. II, 12.
   Jeter tout son feu, faire ou dire tout ce que la colère ou l'indignation inspire, et s'apaiser soudain.
   Jeter son feu signifie aussi faire d'abord preuve de talent, de génie, et puis rester au-dessous des espérances conçues.
   On dit dans un sens analogue : Cet acteur a jeté tout son feu dans le premier acte ; cet écrivain a jeté tout son feu dans les premiers chapitres de son ouvrage.
   On dit aussi jeter son feu, en parlant d'un jeune homme qui commence à s'émanciper. Laissez-lui jeter son feu, il se calmera bien vite.Un tempérament de feu, personne très portée aux plaisirs de l'amour.
   La délicatesse de sentiment ne s'allie guère à un tempérament de feu, DUCLOS Mém. Oeuvres, t. X, p. 44, dans POUGENS.
   De feu, en feu, passionné, ardent, très animé.
   Mais, quoi que m'ordonnât cette âme toute en feu, Je promettais beaucoup et j'exécutais peu, CORN. Rodog. I, 6.
   L'âme toute en feu, les yeux étincelants, CORN. Théodore, IV, 4.
   En cet âge de feu Où le corps à l'esprit s'assujettit si peu, ROTROU Vencesl. IV, 1.
   Quand je suis tout de feu, d'où vous vient cette glace ?, RAC. Phèd. v, 1.
   Ne redevenait-il pas tout de feu pour lui ?, MASS. Prof. rel. 4.
   Être de feu, tout de feu, tout feu pour quelque chose, être passionné, engoué pour cette chose.
   L'homme est de glace aux vérités ; Il est de feu pour les mensonges, LA FONT. Fabl. IX, 6.
39°   Vivacité d'esprit, d'imagination, de style, comparée à l'éclat du feu.
   Aussitôt malgré moi tout mon feu se rallume, BOILEAU Sat. II.
   La vie est courte, il n'y a pas un moment à perdre à l'âge où je suis ; la vie des talents est encore plus courte ; travaillons, tandis que nous avons encore du feu dans les veines, VOLT. Lett. d'Argental, 20 janv. 1762.
   Quand mes yeux éclairés du feu de son génie, VOLT. Fanat. I, 4.
   Ma vivacité leur plut, et, m'apercevant que je les amusais par le feu de mes idées, je m'y livrai encore plus, DUCLOS Confess. Comte de ***, Oeuvres, t. VIII, p. 6, dans POUGENS..
   On dit dans un sens analogue : un esprit tout de feu ; une âme de feu.
   Il y a quelque différence entre un esprit de feu et un esprit brillant : un esprit de feu va plus loin et avec plus de rapidité ; un esprit brillant a de la vivacité, de l'agrément et de la justesse, LA ROCHEF. Réfl. div. 156, 13.
   Avoir du feu, se dit d'un cheval qui a de la vivacité ; dans ce sens on dit cheval de feu.
   Il se dit pour inspiration. Il ne sait pas régler son feu. Être plein d'un beau feu.
   On a dit que les poëtes étaient animés d'un feu divin, quand ils étaient sublimes ; on n'a point de génie sans feu, mais on peut avoir du feu sans génie, VOLT. Dict. phil. Feu..
   Voilà d'où naquit ma subite éloquence ; voilà d'où se répandit dans mes premiers livres ce feu vraiment céleste qui m'embrasa, et dont pendant quarante ans il ne s'était pas échappé la moindre étincelle, J. J. ROUSS. Confess. IX..
   Le feu de la composition, l'espèce d'entraînement, d'application ardente, avec laquelle on travaille à la composition d'un livre, d'un discours, d'un tableau, d'une oeuvre musicale, etc.
   On dit dans un sens analogue : dans le feu de l'action.
40°   Vivacité d'action, de mouvement, de geste. Cet orateur a du feu.
   Il faut du feu, de l'activité [pour la vérité des passions], PASC. Amour..
   Tant que l'on a du feu, on est aimable ; mais ce feu s'éteint, il se perd, PASC. ib..
41°   Il se dit des liqueurs spiritueuses dans lesquelles l'alcool laisse sentir son montant. Cette eau-de-vie a beaucoup de feu. On demande des vins qui aient du feu.
42°   Poétiquement, feu, la passion de l'amour.
   Ton frère, je l'avoue, a beaucoup de mérite ; Mais souffre qu'envers lui cet éloge m'acquitte, Et ne m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi, CORN. la Place roy. I, 1.
   Souviens-toi du beau feu dont nous sommes épris, CORN. Cinna, I, 3.
   Et si Rome savait de quels feux vous brûlez, CORN. Nicom. I, 2.
   À quelque point qu'on aime, Quand le feu diminue, il s'éteint de lui-même, CORN. Suréna, IV, 2.
   Non pas que cet amour prétende encore à vous : Tout son feu se résout en ardeur de courroux, MOL. le Dép. V, 8.
   Allumer les feux sacrés d'un chaste mariage, FLÉCH. Dauph..
   De mes feux mal éteints je reconnus la trace, RAC. Andr. I, 1.
   Pour la veuve d'Hector ses feux ont éclaté, RAC. ib..
   L'autre avec des regards éloquents, pleins d'amour, L'a de ses feux, madame, assurée à son tour, RAC. Baj. III, 2.
   Et je ne savais pas que, pour moi plein de feux, Xipharès des mortels fût le plus amoureux, RAC. Mithr. II, 1.
   Je reconnus Vénus et ses feux redoutables, RAC. Phèdre, I, 3.
   Vous nourrissez un feu qu'il vous faudrait éteindre, RAC. ib. III, 1.
   Et du feu criminel qu'il a pris dans ses yeux, RAC. ib. IV, 1.
   Prendre feu, devenir amoureux.
   Comme elle prend feu d'abord !, MOL. M. de Pourc. II, 6.
   Son coeur prend feu dès ce moment, MOL. Fourb. I, 2.
   Qu'on lui dise un mot tendre, elle est soudain éprise, Croit tout, prend feu sur tout, et c'est là son destin, TH. CORN. Baron d'Albikrak, I, 3.
   Mettre en feu pour quelqu'un, inspirer un ardent amour pour lui.
   Si le ciel pour mon choix vous donne tant de haine, Vous a-t-il mise en feu pour ce grand capitaine ?, CORN. l'Illus. com. III, 1.
43°   Révolution, agitation, mouvements populaires, guerres.
   Toute l'Europe est en feu, SÉV. 540.
   Il ne s'agissait de rien moins que d'allumer le feu de la guerre civile, BOSSUET Var. 10.
   Vous avez trouvé tout votre royaume soumis, et vous l'avez laissé tout en feu par une cruelle guerre civile, FÉNEL. Dial. des morts mod. Henri III, la duchesse de Montpensier..
   Lorsque tout est en feu par la guerre, FÉNEL. Tél. v..
   Le feu qui dévorait les colonies françaises et qui s'étendait tous les jours, pouvait aisément gagner les siennes, RAYNAL Hist. phil. X, 16.
   Il se dit aussi des disputes.
   Dans le feu des disputes entre les patriciens et les plébéiens, MONTESQ. Esp. XI, 15.
   Mettre en feu, exciter guerres, troubles, querelles.
   Les disputes d'Arminius mettaient en feu toutes les Provinces-Unies, BOSSUET Var. XIII, § 1.
   L'amour avait mis tout en feu dans l'île, FÉN. Tél. VII.
   Mettre en feu, s'est dit, en un cas particulier : représenter, exposer que tout est en feu.
   Sa muse en arrivant ne met pas tout en feu, BOILEAU Art p. III.
44°   Feu ardent, un des noms vulgaires de la bryone.
PROVERBES
   Il n'est feu que de bois vert, il n'y a pas d'activité plus grande que celle de la jeunesse.
   Il n'est feu que de grand bois, c'est avec les choses les plus solides, avec les hommes les plus habiles ou les plus puissants qu'on réussit le mieux.
   Le bois tortu fait le feu droit, c'est-à-dire peu importent certains défauts d'une chose pourvu que le résultat soit atteint.
   Il n'y a dans cette maison ni pot au feu ni écuelles lavées, se dit d'une maison qu'on trouve en désordre.
   Xe s.
   Enz en l'fou la getterent, com arde tost [afin qu'elle soit brûlée vite], Eulalie.
   XIe s.
   Et fous et flambes i est apareillez, Ch. de Rol. CLXXXI.
   Des haumes clairs li fuus en escarbone [les étincelles jaillissent], ib. CCLXI.
   Contre le ciel vole li fouz [les étincelles] tous clairs, ib. CCLXXXVI.
   XIIe s.
   De verz albes espines à faire un feu ardent, Ronc. p. 199.
   Il i ont mis du feu tout rasé [ras] un tonel, Sax. IX.
   Li fous Deu chaït del ciel, si degastast les berbiz et les enfanz, Job, p. 500.
   XIIIe s.
   Largesse semble à feu de paille ; Quant il est ars, jà rien ne vaut, LE COMTE DE BRETAGNE Romancero, p. 161.
   Et ce fu li tiers feus qui fu en Constantinoble, puis que li pelerin i vindrent, VILLEH. CVI.
   Quant Berte sent le feu, à Dieu graces en rent, Berte, XLVII.
   Et Symons fait le feu, n'ot pas le cuer vilain, ib. XLIX.
   Cel jour s'est bien chaufée Berte delez le fu, ib. LI.
   Que nul ne puisse prendre aprentiz, se il ne tient chief d'ostel, c'est à savoir feu et leu, Liv. des mét. 69.
   Garde que tu ne paroles à home discordant [ami de la discorde], que tu ne boutes busche en son feu, BRUN. LATINI Trésor, p. 361.
   Ne vos afiez en celz que vos avez guerroiez, que il ont toz jors en lor piz le feu de la haine, BRUN. LATINI ib. p. 360.
   Plus a de busche en feu, plus art [plus il y a de bûches au feu, plus il brûle], LEROUX DE LINCY Prov. t. II, p. 379.
   XIVe s.
   Mettez sur le feu et faites à petit feu chauffer, Ménagier, II, 5.
   Et le poursuivroient à feu et à sang, et toute sa lignée bouteroient dehors, ib. I, 4.
   XVe s.
   Adonc fit-il [Philippe d'Artevelle] une taille en Flandre, que chascun feu toutes les semaines paieroit quatre gros, FROISS. II, II, 161.
   Au feu ! au feu ! courez tous mes amis, CH. D'ORL. Bal. 27.
   Ardant desir de veoir ma maistresse A assailly de nouvel le logis De mon las cueur, qui languist en tristesse, Et puis dedens partout a le feu mis, CH. D'ORL. ib. 27.
   Parler boute feu en maisons, Et destruit paix, ce riche avoir ; On aprent à faire et à voir Selon les temps et les saisons, CH. D'ORL. Rondeau, 35.
   Fay, Belias, fay bon feu de là, Et j'en feray aussy de çà, la Nat. de N. S. J. C..
   Il se tient plus coi qu'un feu couvert, LOUIS XI Nouv. XXIX..
   XVIe s.
   La maniere de composer un feu fort et aspre, qui bruslera tout ce qu'il attaindra, Liv. de canonerie, dans REINAUD et FAVÉ, Du feu grégeois, p. 134.
   Les povres sots jurent qu'ils mettroient leur doigt au feu sans brusler, pour soutenir qu'elles sont femmes de bien, MARG. Nouv. XX..
   Tout le monde y accouroit comme au feu, DESPER. Contes, XXXI.
   ....Avec une colere telle qu'ont voulentiers ces gens de feu [il s'agit d'un maréchal], DESPER. ib. LXII.
   Comme un canon qui fait faux feu, YVER p. 540.
   Ce feu ardent [fou, emporté] de Chavigny a...., CARLOIX VI, 48.
   D'Aubigné, prenant feu à ces paroles, ne put s'empescher...., D'AUB. Vie, CXXVIII.
   Brissac avec 1200 arquebusiers fit si beau feu qu'il mit tout dehors, D'AUB. Hist. I, 279.
   Cela failli, nostre chef gascon, ayant le feu à la teste, attrempa la joie des refformez par la prise du Mont de Marsan, D'AUB. ib. I, 296.
   ....Qu'ils sauroient l'heure par le tocsain de la grosse cloche du pallais et qu'ils missent du feu [lumières] aux fenestres, D'AUB. ib. 216.
   Le roi s'est jetté dans le lict tout en feu, et nous a dit : Voiez-vous ce traistre ?, D'AUB. ib. II, 189.
   Quelques navires à feu [brûlots], D'AUB. ib. 482.
   Quand au feu du foudre, il est plus chaud que nul autre feu, parquoy à bon droit il est appellé le feu des feux, PARÉ XXIII, 10.
   Ils souffrirent d'estre bruslez vifs en un feu avant desadvouer leurs opinions, MONT. I, 299.
   C'est un vray feu d'estoupe [peu durable], MONT. III, 372.
   Mettre un païs à feu et à sang, MONT. IV, 167.
   C'est demy vie que de feu, GÉNIN Récréat. t. II, p. 236.
   Un fou jamais ne laisse un feu en paix, GÉNIN ib. 252.
   Les reitres ne sont point si [ne sont jamais si] dangereux que quand on est meslé avecques eux ; car c'est tout feu, LANOUE 313.
   Feu bien couvert, comme dit ma bru, Par sa cendre est entretenu, LEROUX DE LINCY Prov. t. I, p. 69.
   Le feu ayde le queu [cuisinier], LEROUX DE LINCY ib. p. 71.
   Un feu de marionnette, trois tisons et une buschette [un petit feu], LEROUX DE LINCY ib..
   Bourguign. fô ; picard, fu ; provenç. foc, fuoc, fuec ; catal. fog ; espagn. fuego ; portug. fogo ; ital. fuoco ; du latin focus, <
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feu, feue 2.
(feu, feû) adj.
Défunt, défunte.
   Il se met après l'article défini ou après un adjectif possessif, et alors il s'accorde avec son substantif.
   Suivant le testament du feu roi notre père, CORN. Pomp. I, 2.
   Une devise qui est peinte au Louvre dans l'antichambre de la feue reine mère Anne d'Autriche, BOUHOURS Entretien des devises, p. 287.
   Il se place avant l'article défini ou l'adjectif possessif, et alors il est invariable.
   Je tiens de feu ma femme, et je me sens comme elle Pour les désirs d'autrui beaucoup d'humanité, MOL. Mélicerte, I, 4.
   Et j'ai toujours été nourri par feu mon père Dans la crainte de Dieu, monsieur, et des sergents, RAC. Plaid. II, 4.
   J'ai ouï dire à feu ma soeur que sa fille et moi naquîmes la même année, MONTESQ. Lett. pers. 51.
   Il se met devant un nom propre, et il est invariable.
   Et l'on dit qu'autrefois feu Bélise, sa mère...., MOL. Mélicerte, I, 4.
   Il se met devant monsieur, et madame, et alors il est invariable.
   La dame dit : Regardez si j'ai point Quelque habit d'homme encor dans mon armoire ; Car feu monsieur en doit avoir laissé, LA FONT. Orais..
   Vous étiez, madame, aussi bien que feu madame la princesse de Conti, à la tête de ceux qui se flattaient de cette espérance, VOLT. Épît. à la duch. du Maine..
   J'ai connu dans mon enfance un chanoine de Péronne, âgé de quatre-vingt-douze ans, qui avait été élevé par un des plus furieux bourgeois de la ligue ; il disait toujours : Feu monsieur de Ravaillac, VOLT. Dict. phil. Ravaillac..
   1. Feu s'accorde avec son substantif quand il suit l'article : la feue reine ; mais il reste invariable quand il le précède : feu la reine, feu ma mère.
   2. Cette règle est contestée par plusieurs grammairiens qui repoussent une pareille anomalie. Si on se réfère à l'usage, il n'a pas été toujours constant ; témoin cet exemple de Balzac : Si vous ne connaissez pas Uranie, cette nymphe que j'ai tant louée, je vous avertis que c'est feue ma bonne amie, Mme des Loges, Lett. XI, 13.
   3. D'après l'Académie, feu n'a pas de pluriel ; cette remarque n'est pas fondée ; et il est correct de dire : les feus rois de Prusse et d'Angleterre. On dirait aussi, mais sans accord : feu mes oncles.
   4. Feu ne se dit que des personnes que nous avons vues ou que nous avons pu voir ; on ne dit pas feu Platon, feu Cicéron, si ce n'est en plaisantant ou en style burlesque.
   5. Quand on dit le feu pape, le feu roi, etc. on entend toujours le pape dernier mort, le roi dernier mort, etc.
   Il n'y a point trouvé les propositions condamnées par le feu pape, PASC. Prov. 1.
   6. On dit feu la reine s'il n'y a pas de reine vivante ; et la feue reine si une autre l'a remplacée.
   XIe s.
   Las ! mal feüx ! oum esmes avogluz ! Quer [car] ço vedons que tuit sumes desvez ; De nos pechez sumes si ancumbrez, La dreite vide nus funt très oblier, Chanson de St Alexis, CXXIV.
   Pur que portai [eus-je un enfant], dolente, mal feüde ?, ib. LXXXIX.
   XIIIe s.
   Se li rois Loys fust feüs [mort], RUTEB. II, 62.
   Ge Gauvaings, chevalers, filz fahu Jofre.... por faire l'anniversaire fahu Ostent Beraut, chevalier, Bibl. des chartes, 3e série, t. v, p. 86.
   Amprès lou clous [clos] qui fu mon seignor Girart, lou prevoire [prêtre] fau.... et la vigne qui fu fau Tiebaut, ib. 5e série, t. IV, p. 470.
   XIVe s.
   Certaines maisons que Guillaume Baron et Raquille, famme feux du dit Baron aviont achatées des hoirs feux Tevenot...., Archives du Cher, dans JAUBERT, Gloss. I, p. 110.
   Certes, biaus chiers sire, à mon vuel, Fussiez-vous evesques eslus, Quant nostre evesque fu feüs, le Miracle de Théophile, dans le Théâtre français au moyen âge, p. 148.
   Les biens de feuwe Maroie de Ransart, laquelle trespassa ou dit hospital, Compte de l'hospital de Wez de 1360, cité par ROQUEFORT, Supplém. art Cotte..
   XVe s.
   ....La grant Alison, Laquelle tenoit ce mignon, Et l'entretint longtems, et l'eut, Comme on dit, par succession De sa feu tante qui mourut, COQUILLART l'Enquête de la simple et de la rusée..
   Le regne du feu roy Louis onzieme, COMM. VII Prol..
   XVIe s.
   Le tien fut pere, J. MAROT p. 210, dans LACURNE.
   Nous en avons emprunté nostre feu maistre Jehan [de l'usage des Romains de ne pas nommer la mort], MONT. I, 72.
   Un domestique de feu mon pere, MONT. I, 100.
   Eu esgard mesmement à son contract de mariage et testament de feue sa femme, PASQUIER Rech. VI, 11.
   Feue de très recommandable memoire madame l'archiduchesse d'Autriche, Cérémon. de France, p. 229, édit. in-4°.
   À la cruelle bataille devant Constantinople moururent feuz de bonne memoire les roys Lisuart et Perion, D. Flores de Grece, f° 135.
   La femme qui fut maistre Jean de Vernon, Gr. coust. de France, liv. II, p. 271.
   Berry, funt, et aussi defeu, defeue ; ital. fu, la fu regina, la feue reine. Il est difficile de rendre compte de toutes les formes de ce mot : le berrichon funt est le latin functus, défunt ; l'italien fu est la troisième personne du prétérit fù, il fut, il a cessé de vivre. Mais d'où vient le vieux français feü ou fahu, qui est la forme la plus ancienne ? Ce mot dissyllabique représenterait une forme barbare, fadutus ou fatutus ; est-il permis de conjecturer qu'il provient irrégulièrement de fatum, et qu'il signifie qui a accompli sa destinée ? L'exemple du XIe siècle qui signifie évidemment malheureux, qui a un mauvais destin (comparez l'anglais ill-fated), appuie cette conjecture. Feu est très certainement la contraction de l'ancien feü, et ne peut représenter le latin fuit, l'italien fu. Si donc on embrasse la totalité de l'expression de l'idée en France, on trouve trois sources : le français feu, feü, pour lequel nous avons indiqué une conjecture, et qui, étant dissyllabique, ne peut provenir de functus ; le berrichon qui est le latin functus, et l'italien fu qui est le latin fuit. Au XVIe siècle, l'italianisme fit prendre la forme italienne (le tien fut pere, de J. Marot) ; mais elle ne dura pas, et ce fut l'ancien feu qui se maintint.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
FEU. Ajoutez :
45°   Terme d'exploitation houillère. Feu de monastère, voy. toque-feu.
46°   Petit feu, feu qu'on met aux sous-bois pour les détruire.
   Un propriétaire de la contrée, M. de More, a imaginé d'employer le feu comme moyen de destruction des sous-bois.... dans son application, le petit feu exige certaines précautions, H. FARÉ Enquête sur les incendies de forêts, p. 22.
47°   En costume de feu, se dit des pompiers équipés pour aller à un incendie.
   Les pompiers veillent tout prêts pour l'action, la veste au dos, la ceinture aux reins, le casque en tête, en costume de feu, comme on dit, MAXIME DU CAMP cité dans Journ. offic. 27 fév. 1875, p. 1512, 2e col..
48°   Feu de Bengale, voy. flamme, n° 1.
   Les armes à feu sont des armes de jet construites pour l'emploi de la force explosive de la poudre ; ce sont les armes portatives, les bouches à feu, les fusées de guerre. La bouche à feu est une arme à feu, en général de fort calibre, disposée de manière que le recul se fasse sur le sol ou sur un bâti quelconque.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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