mérite


mérite
(mé-ri-t') s. m.
   Ce qui rend une chose digne de récompense ou de punition.
   Toute action de miséricorde fera placer chacun en son rang selon le mérite de ses oeuvres, SACI Bible, Ecclésiast. XVI, 15.
   Comment la vie active et la vie contemplative ont chacune leur mérite devant Dieu, BOSSUET États d'orais. IX, 13.
   Humble dans les grandes choses, grande dans les petites, et joignant surtout à la pureté de ses intentions le mérite de l'obéissance, FLÉCH. Panégyr. Ste Thér..
   De ta constance ailleurs va montrer les mérites, TH. CORN. Ariane, III, 4.
   Que ce soit un courtisan fidèle ou un gentilhomme de Bonaparte [qui ait imaginé de donner Chambord au duc de Bordeaux], c'est la même chose pour nous qui n'y saurions avoir jamais d'autre mérite que celui de payer, P. L. COUR. Simple discours..
   Se faire un mérite de quelque chose, tirer gloire, tirer avantage d'avoir, de faire quelque chose.
   Sans que de mon pouvoir je me fasse un mérite, MOL. Psyché, III, 3.
   Elle est toujours l'objet de la jalousie de la Plessis, qui se fait un mérite auprès de ma mère de la haïr comme le diable, SÉV. 246.
   Se faisant un mérite de sa complaisance, BOSSUET Hist. I, 11.
   Et loin de repousser le coup qu'on vous prépare, Vous voulez vous en faire un mérite barbare, RAC. Iphig. IV, 4.
   Ils se font un mérite de leur ignominie, MASS. Pet. car. Drapeaux..
   Ce qui rend une personne digne de récompense ou de punition.
   Les méchants sont soufferts pour l'instruction ou pour le mérite des justes, MASS. Carême, Mélange..
   En ce sens il se dit très souvent au pluriel.
   Proportionnez vos voeux à vos mérites, ROTR. Vencesl. I, 4.
   Ce peuple tantôt châtié, et tantôt consolé dans ses disgrâces, par les différents traitements qu'il reçoit selon ses mérites, rend un témoignage public à la Providence qui régit le monde, BOSSUET Hist. II, 5.
   Qu'il soit récompensé par delà ses mérites, C. DELAV. Paria, IV, 3.
   En ce sens et au pluriel il prend quelquefois le caractère du langage familier.
   ....Est-ce un sujet pourquoi Vous fassiez sonner vos mérites ?, LA FONT. Fabl. IV, 3.
   Vous m'honorez vraiment par delà mes mérites, REGNARD Ménechmes, III, 5.
   Familièrement et ordinairement en mauvaise part. Il sera traité selon ses mérites.
   Par dérision, faire valoir tous ses mérites, exagérer ses services.
   Les mérites de la passion de Jésus-Christ, ses souffrances et sa mort, en tant qu'elles ont satisfait pour les hommes à la justice divine et qu'elles leur confèrent les effets de la grâce.
   Sans la prière, quelle part avez-vous aux mérites de Jésus-Christ ?, BOURDALOUE 5e dim. après Pâques, Dominic. t. II, p. 199.
   Les mérites des saints, les bonnes oeuvres des saints.
   Les mérites, les bonnes oeuvres, par rapport à la récompense que Dieu y attache.
   Nous agissons de nous-mêmes ; ce qui fait que nous avons des mérites qui sont véritablement nôtres, contre l'erreur de Calvin, PASC. Prov. XVIII.
   Ils ne s'assurent point en leurs propres mérites, RAC. Athal. III, 7.
   La certitude que nos peines ne sont pas perdues, que nos dégoûts sont pour nous de nouveaux mérites, MASS. Carême, Dégoûts..
   Il [Jésus-Christ] couronnera ses dons, en récompensant mes faibles mérites, MASS. Carême, Pécheresse..
   Droit à la miséricorde divine.
   Que les vrais Juifs ne considéraient leur mérite que de Dieu, et non d'Abraham, PASC. Pens. XXI.
   
   Mérite de condignité, droit sur l'héritage céleste qui appartient au véritable fidèle ayant persévéré jusqu'à la fin dans la foi qui agit par la charité, et ayant par ce moyen accompli la loi selon la mesure de cette vie, BOSSUET Réfut. catéch. Ferry, I, II, 13.
   Ce que les personnes ont de digne et d'estimable.
   Dans les belles âmes, Le seul mérite a droit de produire des flammes, CORN. Cid, I, 3.
   Je sais que le mérite est sujet à l'envie, CORN. Suréna, IV, 1.
   La nature fait le mérite, et la fortune le met en oeuvre, LA ROCHEFOUC. Max. 153.
   Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite, que le mérite même, LA ROCHEFOUC. ib. 166.
   Quelque disposition qu'ait le monde à mal juger, il fait encore plus souvent grâce au faux mérite qu'il ne fait injustice au véritable, LA ROCHEFOUC. ib. 455.
   Les hommes n'ayant pas accoutumé de former le mérite, mais seulement le récompenser où ils le trouvent formé, PASC. Pens. XXV, 107, édit. HAVET..
   Que si son rang la distinguait, j'ai eu raison de vous dire qu'elle était encore plus distinguée par son mérite, BOSSUET Duch. d'Orl..
   Qu'un père si éclairé vous ait témoigné cette confiance jusqu'au dernier soupir.... c'est le plus beau témoignage que votre vertu pouvait remporter ; et, malgré tout votre mérite, Votre Altesse n'aura de moi aujourd'hui que cette louange, BOSSUET Louis de Bourbon..
   Ce sera dans nos jours s'être fait un nom parmi les hommes et s'être acquis un mérite dans les troupes, d'avoir servi sous le prince de Condé, et comme un titre pour commander de l'avoir vu faire, BOSSUET ib..
   Les deux augustes cardinaux [Richelieu et Mazarin] qui ont soutenu la majesté de cet empire, ont voulu donner la récompense qui était due à son mérite ; mais il a tout refusé, BOSSUET Cornet..
   Une princesse dont le mérite passe la naissance, encore que sortie d'un père et de tant d'aïeux souverains...., BOSSUET Anne de Gonz..
   Le mérite ne brille guère ici sans protection, et la protection n'aime pas à se charger du mérite, MAINTENON Lett. à l'abbé Gobelin, 16 mars 1675.
   Parmi tant de mortels.... Il ne s'en trouve pas qui, touchés d'un vrai zèle, Du mérite oublié nous fassent souvenir, RAC. Esth. II, 3.
   La jalousie et l'émulation s'exercent sur le même objet.... avec cette différence que celle-ci est un sentiment volontaire, courageux, sincère.... et que celle-là, au contraire, est un mouvement violent, et comme un aveu contraint du mérite qui est hors d'elle, LA BRUY. XI.
   Personne presque ne s'avise de lui-même du mérite d'un autre, LA BRUY. II.
   Les hommes et les femmes conviennent rarement sur le mérite d'une femme ; leurs intérêts sont trop différents, LA BRUY. III.
   Il ne faut rien exagérer, ni dire des cours le mal qui n'y est point : l'on n'y attente rien de pis contre le vrai mérite que de le laisser quelquefois sans récompense ; on ne l'y méprise pas toujours, quand on a pu une fois le discerner, on l'oublie, LA BRUY. VIII.
   Qui peut, avec les plus rares talents et le plus excellent mérite, n'être point convaincu de son inutilité, quand il considère qu'il laisse, en mourant, un monde qui ne se sent pas de sa perte, et où tant de gens se trouvent pour le remplacer ?, LA BRUY. II.
   Un mérite paisible, mais solide, accompagné de mille vertus, LA BRUY. III.
   Il ne voulut point que ce qui appartenait au mérite lui pût être disputé par l'argent, rival trop dangereux et trop accoutumé à vaincre, FONTEN. Fagon..
   Le mérite est un sot, si l'argent ne l'escorte, MONTFLEURY Fem. juge et part. II, 4.
   Ces hommes ne se rendent d'ordinaire sur le mérite d'autrui qu'à la dernière extrémité, VAUVENARGUES Conseils à un jeune homme..
   Il est plus nécessaire, pour vivre en paix, de cacher son mérite que ses défauts, COMTE DE CAYLUS (GROSLEY), Oeuv. t. XII, p. 197, dans POUGENS.
   Le mérite a sa pudeur comme la chasteté, DUCLOS Consid. moeurs, 3.
   Il se trouvait en ce moment dans cette heureuse position où le mérite peut espérer une indulgence qu'il n'éprouve qu'une fois et même qu'il n'éprouve pas toujours, CONDORCET Haller..
   Vanter sa race, c'est louer le mérite d'autrui, Mme DE LAMBERT Avis d'une mère à son fils..
   Avoir du mérite, avoir des qualités, du talent.
   Ma soeur a du mérite, elle est aimable et belle, TH. CORN. Ariane, II, 4.
   Théramène était riche et avait du mérite ; il a hérité, il est donc très riche et d'un très grand mérite, LA BRUY. VII.
   De mérite, se dit des personnes qui ont du mérite.
   Nommez cet ecclésiastique de mérite, que vous dites avoir assisté à cette assemblée...., PASC. Prov. XVI.
   Chrysanthe, homme opulent et impertinent, ne veut pas être vu avec Eugène, qui est homme de mérite, mais pauvre, il croirait en être déshonoré, LA BRUY. VI.
   Les personnes de mérite et de service sont utiles aux rois, LA BRUY. XI.
   Parmi les officiers de l'armée, on voyait des gens de mérite, HAMILT. Gramm. 2.
   Madame la maréchale d'Albret était une personne de mérite sans esprit, MADAME DE CAYLUS Souvenirs, p. 17, dans POUGENS.
   Du premier mérite, qui est au premier rang par son mérite.
   Il [Scipion] avait toujours auprès de lui des savants du premier mérite, comme Panétius et Polybe, qui l'accompagnaient même dans ses campagnes, ROLLIN Hist. anc. Oeuvres, XI, 2e part. p. 668, dans POUGENS..
   Au plur. Ces deux hommes ont des mérites différents.
   Que si ton heur était pareil à tes admirables mérites, MALH. III, 2.
   Qu'il ne vante donc plus ses mérites frivoles, CORN. Pomp. I, 1.
   Demeurez avec moi d'accord de vos mérites, CORN. la Veuve, II, 4.
   Dans le monde on voit tous les jours des mérites médiocres l'emporter sur des mérites éclatants, BOURDAL. Myst. Ascens. de J. C. t. I, p. 403.
   Si la réputation et la vertu pouvaient dispenser d'une loi commune, l'illustre et la vertueuse Julie vivrait encore avec son époux ; ce peu de terre que nous voyons dans cette chapelle couvre ces grands noms et ces grands mérites, FLÉCH. duc de Montausier..
   On lui dut [à Patru] l'ordre, la clarté, la bienséance, l'élégance du discours, mérites absolument inconnus avant lui, VOLT. Louis XIV, 32.
   Molière fut, si on ose le dire, un législateur des bienséances du monde ; je ne parle ici que de ce service rendu à son siècle, on sait assez ses autres mérites, VOLT. ib. 32.
   Ce qu'une chose a de digne d'éloge. Le mérite du style. Cette pièce n'est pas sans mérite.
   On ôte du mérite aux bienfaits qu'on retarde, ROTR. Bélis. II, 10.
   Et sans considérer quel sera le loyer D'une action de ce mérite, LA FONTAINE Fabl. VI, 13.
   Si, pour faire un système, on peut poser toutes sortes de principes, prendre les plus absurdes comme les plus évidents, et faire une complication de causes sans raison, quel mérite peut-il y avoir dans des ouvrages de cette espèce ?, CONDILLAC Traité des syst. ch. 3.
   Je préférai toujours à ce mérite faux des politesses vaines La grossière vertu des moeurs républicaines, VOLT. Tancr. I, 2.
   Le mérite de la difficulté surmontée est quelque chose, VOLT. Lett. Mme Denis, 22 août 1750.
   Habileté, talent.
   On cherche les rieurs ; et moi je les évite ; Cet art veut sur tout autre un suprême mérite, LA FONT. Fabl. VIII, 8.
   Il [le chevalier de Grignan] est bon juge du mérite de la guerre [mérite militaire], SÉV. 18 juill. 1690.
   Mérite, les gens de mérite. Honorer le mérite.
   Affable à tous avec dignité, elle savait estimer les uns, sans fâcher les autres ; et, quoique le mérite fût distingué, la faiblesse ne se sentait pas dédaignée, BOSSUET Duch. d'Orl..
   On l'a dit au singulier pour signifier un homme de mérite.
   Et l'on peut pour époux refuser un mérite Que pour adorateur on veut bien à sa suite, MOL. F. sav. I, 1.
   Fig. Importance, en parlant d'une chose.
   Il a vu cet homme que je vous ai dit qui est habile [un médecin], et qui le traite actuellement selon le mérite de ce mal, SÉV. 6 oct. 1680.
   Terme de marine. Apostille favorable portée sur le congé d'un marin, ou à côté de son nom sur les matricules.
10°   Mérite militaire, nom d'un ordre fondé par Louis XV.
   On dit un homme de mérite, on dit aussi le mérite d'un ouvrage ; mais on ne dit pas un ouvrage de mérite.
   XIIIe s.
   Helas ! se nus [nuls] se doit sauver [faire son salut] dolans, Dont doit par droit ma merite estre grans, Car plus dolans ne s'en part nus de France, QUESNES Romanc. p. 96.
   Ainçois le donne [ton coeur] en don tout quite : Si en auras greignor [plus grand] merite, la Rose, 2264.
   Si vous rens graces et merites De la bonté que vous me dites, ib. 2821.
   Pechié porte sa peine et bien fait sa merite, J. DE MEUNG Test. 209.
   Diex l' [lui] en rendra encore, sachez, tout son merite [tout ce qu'elle mérite], Berte, LIV.
   XIVe s.
   À cely doit on rendre graces et merites, qui est souverain de tous les rois, Chr. de St Denis, t. I, f° 17.
   Si ceste oppinion estoit vraye que toutes choses adviendroient de necessité selon la constellation des corps celestes, nul n'auroit merite, Songe du vergier, I, 171.
   XVe s.
   Bienfait ne se doit sans merite [recompense] passer, Perceforest, t. V, f° 82.
   XVIe s.
   Croire est de don, non point de merite, CALV. Inst. 451.
   Dieu applique le loyer au merite, et la peine au demerite, AMYOT Moral. Épît. 11.
   Provenç. merit, merite ; cat. merit ; esp. port. et ital. merito ; du lat. meritum, chose méritée. L'espagnol et l'italien, qui ont l'accent sur me, viennent du latin meritum, qui a l'accent sur la même syllabe ; mais le provençal et le français font difficulté d'abord pour la forme : l'accent est déplacé ; puis pour le sens : mérite y signifie récompense ; tout porte à croire qu'il faut y voir un substantif tiré du participe meri, de l'ancien verbe merir, qui, tout en venant du latin mereri, avait pris le sens de récompenser. Le sens primitif de mereri est avoir en partage.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
MÉRITE. Ajoutez :
11°   Terme juridique. Valeur d'un acte judiciaire. La cour reçoit un tel opposant en la forme au jugement de tel jour et statuant au fond sur le mérite de son opposition....
   Ajoutez : XIIe s.
   Li queiz [leque] voirement de choses estoit poures, mais de merites fut il riches, li Dialoge Gregoire lo pape, 1876, p. 212.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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