piquer


piquer
(pi-ké), je piquais, nous piquions, vous piquiez ; que je pique, que nous piquions, que vous piquiez, v. a.
1°   Entamer légèrement avec quelque chose de pointu.
2°   Percer la peau avec la lancette.
3°   Se dit des serpents, des insectes.
4°   Entamer les étoffes, le bois, en parlant d'insectes, de vers.
5°   Piquer un cheval.
6°   Coudre deux étoffes avec un point arrière régulier.
7°   Piquer une pierre.
8°   Piquer un dessin
9°   Piquer, en charpenterie en marine, en serrurerie
10°   Frotter, polir.
11°   Ajouter un robinet à une conduite d'eau.
12°   En cuisine, faire entrer, en piquant, quelque ingrédient.
13°   Au billard, piquer la bille.
14°   À la natation, piquer une tête.
15°   Piquer les tables, les assiettes, vivre en parasite. Piquer le coffre, le tabouret, l'escabelle.
16°   Marquer ceux qui manquent à un appel.
17°   En parlant des mets, avoir un goût fort.
18°   Fig. Faire une impression morale comparée à une piqûre.
19°   Fig. Exciter, réveiller, animer.
20°   Faire naître un sentiment d'amour.
21°   Faire une impression vive et agréable.
22°   Frapper d'un trait satirique.
23°   Fâcher, irriter, mettre en colère.
24°   V. n. Piquer, en fauconnerie, en vénerie.
25°   En marine, piquer au vent.
26°   Au jeu, piquer sur.
27°   V. réfl. Se piquer, s'entamer avec un corps pointu.
28°   Devenir percé de petits trous, en parlant d'étoffes, de livres, etc.
29°   Commencer à s'aigrir.
30°   Fig. Se prendre d'amour.
31°   Se vanter de, avoir des prétentions à.
32°   S'affliger.
33°   Se sentir offensé.
   Entamer légèrement avec quelque chose de pointu.
   Il se piquait un doigt toutes les fois qu'il écrivait à cette princesse, et ne lui écrivait jamais que de son sang, SAINT-FOIX Ess. Paris, Oeuv. t. IV, p. 292, dans POUGENS.
   Il [le tangaras] se nourrit de fruits, et pique les bananes et les goyaves, qu'il détruit en grande quantité, BUFF. Ois. t. VII, p. 388.
   Absolument.
   Le bon sens et l'expérience nous assurent que le meilleur moyen pour n'être point blessé par la douleur d'une piqûre, c'est qu'il ne faut point se piquer ; mais les stoïciens disent : Piquez, et je vais, par la force de mon esprit et par le secours de ma philosophie...., MALEBR. Rech. vér. v, 2.
   Piquer un papier, y faire de petits trous.
   Il ne sent rien quand on le pique, se dit d'un ladre ou lépreux dont la peau est insensible, et fig. de celui qui est insensible aux affronts.
   Fig.
   Elle mit une haie d'épines autour de ses oreilles, pour arrêter et pour piquer les médisants, FLÉCH. Dauphine..
   Terme de pêche. Piquer un poisson, donner à l'hameçon une secousse plus ou moins forte, pour le faire entrer dans les chairs du poisson, quand on sent que la proie mord.
   Synonyme de harponner.
   En termes de marine, piquer un homme, le frapper avec un bout de corde.
   Se dit du chirurgien qui perce la peau avec la lancette pour saigner.
   Je me regarde saigner, je tiens moi-même la lumière, ce qui est fort simple, et je ne puis, sans quelque peine, voir piquer une autre personne, GENLIS Veillées du château t. I, p. 136, dans POUGENS.
   Piquer l'artère, piquer le tendon, se dit de la lésion de ces organes faite par la lancette en saignant.
   Il se dit aussi des serpents, des insectes. Une vipère le piqua au pied.
   Son corps nu, exposé au soleil, fut bientôt couvert et piqué de mouches et de moucherons, SCARR. Rom. com. II, 16.
   Tel qu'on voit un taureau qu'une guêpe en furie A piqué dans les flancs aux dépens de sa vie, BOILEAU Lutr. I.
   Absolument.
   Tous venins y mourront comme aux temps de nos pères, Et mêmes les vipères Y piqueront sans nuire, ou n'y piqueront pas, MALH. VI, 6.
   Fig. On ne sait quelle mouche le pique, on ne sait point le sujet de sa colère, de son dépit.
   On ne sait bien souvent quelle mouche le pique, BOILEAU Sat. IX..
   Il se dit des entamures que certains insectes font aux étoffes, aux bois. Les teignes, les vers ont piqué cet habit, ces livres.
   Terme de maréchalerie. Piquer un cheval, lui faire entrer, en le ferrant, la pointe d'un clou jusqu'à la chair vive.
   Terme de manége. Piquer un cheval, ou, absolument, piquer, donner de l'éperon à un cheval, et le pousser au galop.
   Il ne songea donc plus qu'à piquer sa bête qui n'était pas fort bonne, SCARR. Rom. com. II, 13.
   Malgré les fâcheuses circonstances de son État, Sa Majesté Britannique ne laissait pas d'aller courageusement à la chasse avec Monseigneur, et piquait comme eût pu faire un homme de vingt ans qui n'a d'autre souci que celui de se divertir, LA FAY. Mém. cour de France, Oeuv. t. II, p. 408, dans POUGENS..
   Ils virent paraître du côté de Valence quatre ou cinq cavaliers qui piquaient à outrance, LE SAGE Diable boit ch. 13.
   Ce cavalier pique bien, il pousse vigoureusement son cheval au galop
   Piquer des deux, donner des deux éperons à la fois, et, par conséquent, donner vigoureusement de l'éperon pour accélérer sa marche.
   Tantôt piquant des deux, tantôt marchant à petits pas, J. J. ROUSS. Ém. v..
   Fig. Piquer des deux, faire grande diligence. C'est une affaire où il faut piquer des deux.
   Familièrement. Piquer la mazette, monter un mauvais cheval.
   Depuis huit jours entiers avec vos longues traites Nous sommes à piquer des chiennes de mazettes, MOL. Sgan. 7.
   Terme de chasse. Piquer dans le fort, pousser son cheval au galop dans le fort du bois.
   Coudre deux étoffes avec un point arrière régulier, dont le second point entre dans le trou fait par le premier et ainsi de suite, de façon qu'il n'y a point d'intervalle entre les points.
   Piquer un collet d'habit, des poignets de chemises, y faire des points et des arrière-points symétriques pour les orner.
   Piquer du taffetas, du tabis, le percer et le figurer avec un petit fer.
   Terme de cordonnier. Faire des rangs de points tout autour de la première semelle. Le cordonnier pique aussi les bordures des souliers, l'étoffe des bottines à leur cuir.
   Terme de tapissier. Fixer le crin avec la toile de rembourrure pour former le fond et le dossier d'un siége.
   Terme de maçonnerie. Piquer une pierre, la rendre raboteuse, en y faisant de petits trous avec un marteau.
   Tout s'est borné à des préparatifs, et à piquer à coups de marteaux de grandes pierres de roche, qui, à mon gré, ne conviennent point du tout à une maison de campagne, VOLT. Lett. Mme de St-Julien, 14 déc. 1775.
   Terme de beaux-arts. Piquer un dessin, en suivre les contours en piquant légèrement, de manière à former un poncis.
   Rehausser les parties claires par des touches de crayon blanc, ou avec du blanc détrempé dans de l'eau de gomme.
   Terme de charpentier. Marquer avec le traceret sur une pièce de bois l'ouvrage qu'il faut y faire.
   Terme de marine. Piquer une pièce de bois, la brocheter.
   Terme de serrurier. Piquer une serrure, tracer avec une pointe sur le palastre l'endroit où doivent répondre les différentes parties qui, par leur assemblage, forment la serrure.
10°   Frotter la surface d'une glace avec une autre glace, en introduisant entre elles de l'émeri humecté d'eau.
   Terme de marbrier. Polir une pièce de marbrerie en frottant sa surface avec un bouchon de linge fin humecté d'eau, sous lequel on met du plomb en limaille, ou de l'émeri, ou bien encore de la boue de lapidaire.
11°   Terme de fontainier. Ajouter un robinet sur une conduite.
12°   En termes de cuisine, faire entrer, en piquant, quelque ingrédient. Piquer des oignons de clous de girofle.
   Piquer de la viande, la larder.
   Il y a les Hébreux qui ne vous donneront jamais de boudin ni de lard.... ils aimeraient mieux mourir que de piquer un poulet, VOLT. Dial. 16.
   Piquer de gros lard un morceau de boeuf, le larder avec de gros lardons.
   Piquer menu, piquer avec des lardons fins.
   Nous trouvâmes qu'il fallait qu'ils fussent pour le moins trois cents piqueurs pour piquer menu, SÉV. 68.
13°   Terme de billard. Piquer la bille, la toucher presque perpendiculairement avec la queue.
14°   Piquer une tête, s'élancer dans l'eau la tête la première, ou y tomber la tête la première.
15°   Fig. Piquer les tables, les assiettes, et, plus ordinairement, piquer l'assiette, courir après les dîners, vivre en parasite.
   Substantivement. Un pique-assiette, un parasite.
   Fig. Piquer le coffre, piquer le tabouret, se disait de celui qui, chez le roi ou chez un grand, attendait dans une antichambre, assis sur un coffre.
   Piquer l'escabelle, en parlant d'un jeune homme, travailler dans les études des notaires ou des avoués (locution peu usitée).
16°   Fig. Piquer les absents, marquer ceux qui manquent à leur poste, à un appel.
   Le sous-chef donnait au chef le nom des absents, et, dans l'instant où le travail commençait, sans faire d'appel, tous les absents étaient notés et piqués, FORFAIT Instit. Mém. scienc. t. v, p. 287.
   Piquer des ouvriers, veiller à ce qu'ils soient présents, à ce qu'ils ne perdent pas leur temps.
   Terme de marine. Piquer l'heure, toucher, avec le battant d'une cloche, un certain nombre de fois déterminé par l'usage, la paroi intérieure de cette cloche, pour annoncer l'heure.
   À bord des bâtiments français, on a l'habitude de piquer l'heure toutes les trente minutes, JAL .
17°   Fig. En parlant des mets, avoir un goût fort, faire une vive impression. Ce vin pique la langue.
   Absolument. Ce fromage pique.
   Il se dit absolument aussi du poisson qui n'est plus frais et qui affecte désagréablement le goût. Cette alose pique.
18°   Fig. Faire une impression morale comparée à une piqûre.
   Son histoire m'a remué tout l'esprit et piqué tout ce qu'il a de sensible, BALZ. liv. VII, lett. 7.
   Le blâme piquait au vif les coeurs généreux et retenait les plus faibles dans le devoir, BOSSUET Hist III, 6.
   Ainsi les amertumes et les épines de la vertu ont toujours du moins une utilité présente qui en dédommage : en nous dégoûtant, elles nous purifient ; en nous piquant, elles nous guérissent, MASS. Carême, Dégoûts.
Piquer de..., faire éprouver un certain sentiment.
   Je sais trop qu'un tyran est sans reconnaissance, ....Et suis trop au-dessus de cette indignité Pour te vouloir piquer de générosité, CORN. Héracl. III, 2.
   Ils [les Juifs] m'ont, dit-il [Jéhovah], piqué de jalousie, en adorant ceux qui n'étaient pas dieux, BOSSUET 2e sermon, profession, 3.
   Piquer d'honneur, exciter une personne à quelque chose, en lui représentant qu'elle a du coeur et de l'honneur.
   Le connétable de Montmorency aida à me tromper : il me persuada qu'il fallait vous piquer d'honneur, en vous laissant passer sans condition, FÉN. Dial. des morts mod. (Charles V, François Ier).
19°   Fig. Exciter, réveiller, animer.
   Un brûlant aiguillon lui pique le courage, RÉGNIER Épît. I.
   Cette immortalité où ils aspiraient, et dont l'espérance les piquait, les encourageait, les emportait au travers de tous les obstacles, BOURD. Serm. pour la Toussaint, III.
   Voilà comment s'expliquaient autrefois les prophètes pour exciter dans les esprits de leurs auditeurs cette émulation toute divine dont ils tâchaient de les piquer, ID. Serm. pour le dim. octave de la Passion, II.
   La peine doit être aussi légère qu'il est possible, mais accompagnée de toutes les circonstances qui peuvent piquer l'enfant de honte et de remords, FÉN. Éduc. des filles, v.
   Il [Cambyse] le prit [Polycrate] par ce double appât, en piquant par la même offre et son avarice et son ambition, ROLLIN Hist. anc. Oeuvr. t. II, p. 331.
   Des marques d'honneur et de justes récompenses attachées au mérite piquent et réveillent l'industrie, ROLLIN Traité des Ét. VI, II, 1.
   Piquer la curiosité de quelqu'un, rendre plus vif le désir qu'il a de savoir quelque chose.
   Je ne m'amuserai point à dire que j'ai choisi, dans toute la philosophie, la matière la plus capable de piquer la curiosité ; il semble que rien ne devrait nous intéresser davantage, que de savoir comment est fait ce monde que nous habitons, FONTEN. Mondes, Préf..
20°   Fig. Faire naître un sentiment d'amour, une passion.
   Ce penser... Du trait de sa beauté me pique jour et nuit, RÉGNIER Plainte..
   ...les âmes... S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer, CORN. Rodog. I, 7.
   ...Elle-même est l'objet qui le pique, TH. CORN. Berger extravag. I, 4.
21°   Fig. Faire une impression vive et agréable.
   Les plaisirs défendus n'auront rien qui vous pique, LA FONT. Coupe..
   Ils essayent de tout : rien ne les pique, MASS. Pet. carême, Malh..
   Absolument. La physionomie de cette femme pique et attire.
   C'est la plus divine lettre du monde ; il n'y a rien qui ne pique et qui ne soit salé, SÉV. 19 juill. 1675.
   La vie de sérail est une vie unie qui ne pique pas, MONTESQ. Lett. pers. 34.
22°   Fig. Frapper d'un trait satirique.
   D'un ris et de ces mots elle m'alla piquant..., RÉGNIER Élég. IV.
   M. Jurieu... en maltraitant un auteur qui l'avait piqué dans quelque endroit délicat, BOSSUET Déf. Var. 1er disc. 66.
   Mais qu'on nous pique, même légèrement, mais qu'on nous rende un mauvais office ; c'est alors que tout le feu de la colère s'allume et nous transporte, BOURDAL. Dim. Octave de l'Ascension, Dominic. t. II, p. 275.
   Absolument.
   C'est ce qui m'a contraint de librement écrire, Et, sans piquer au vif, me mettre à la satire, RÉGNIER Sat. I.
23°   Fig. Fâcher, irriter, mettre en colère.
   Et vous n'ignorez pas combien cela me pique, CORN. le Ment. III, 1.
   Apprends-moi le sujet qui contre moi te pique, MOLIÈRE l'Ét. II, 14.
   La déraison me pique, et le manque de bonne foi m'offense, SÉVIGNÉ 8 avr. 1671.
   Dites d'une femme mondaine, qu'elle est ridicule dans ses manières et pitoyable dans sa figure, vous la piquerez plus vivement que si vous lui reprochiez un commerce de galanterie, BOURDAL. 12e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 326.
   Absolument.
   Un malheur continuel [au jeu] pique et offense, SÉV. 9 mars 1672.
   Piquer au vif, causer une très vive irritation.
24°   V. n. Terme de fauconnerie. Piquer après la sonnette, suivre l'oiseau, qui porte en effet une sonnette.
   Terme de chasse. Piquer à la queue des chiens, les suivre d'assez près pour les aider et les faire manoeuvrer.
   Le piqueur doit bien accompagner ses chiens, toujours piquer à côté d'eux, toujours les animer sans trop les presser, BUFF. Quadrup. t. II, p. 21.
25°   Terme de marine. Piquer au vent, même sens que pincer le vent.
26°   Au jeu, piquer sur, commencer à prendre des points sur un adversaire qui a déjà une grande avance.
27°   Se piquer, v. réfl. S'entamer avec un corps pointu. Il s'est piqué dans les ronces.
   Fig.
   Il est impossible de s'approcher d'eux [des gens mal gracieux] sans se piquer, BALZ. De la cour, 6e disc..
28°   Il se dit de certaines choses, étoffes, livres, etc. que les vers percent de petits trous. Ce bois se pique. Ces étoffes se piquent.
   Par assimilation aux piqûres de vers, ce papier imprimé se pique, il jaunit, se tache.
29°   Cette boisson se pique, elle commence à s'aigrir.
30°   Fig. Se prendre d'amour.
   Il se piqua pour certaine femelle De haut état..., LA FONT. Magnif..
   S'il se fût piqué d'elle, LA FONT. Court..
31°   Fig. Se vanter de, avoir des prétentions à.
   Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien, LA ROCHEF Max. 203.
   Le mulet d'un prélat se piquait de noblesse, LA FONT. Fabl. VI, 7.
   Parmi les animaux le chien se pique d'être Soigneux et fidèle à son maître, LA FONT. ib. VIII, 25.
   On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes hommes [hommes comme il faut] ; et ils ne se piquent jamais tant de savoir rien du reste, comme d'être honnêtes hommes, PASC. Pens. VI, 32, éd. HAVET..
   Je ne me pique ni de fermeté, ni de philosophie, SÉV. 125.
   Je ne trouve rien de plus bas ni de plus vain parmi les hommes que de se piquer de science ; mais aussi ne faut-il pas en avoir beaucoup pour répondre à M. Basnage, BOSSUET Déf. var. 1er disc. 62.
   Je ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils [les sultans] l'ont prononcé, RAC. Baj. I, 1.
   La plupart [des sophistes], comme Gorgias, se piquaient de satisfaire sur-le-champ à toutes les questions qu'on leur pouvait faire, ROLLIN Hist. anc. Oeuv. t. IV, p. 386, dans POUGENS.
   Catinat avait dans l'esprit une application et une agilité qui le rendaient capable de tout, sans qu'il se piquât jamais de rien, VOLT. Louis XIV, 16.
   Il se piquait de tout, et n'était bon à rien, MARMONTEL Cont. mor. Heureusement..
   S'en piquer, avoir la prétention d'exceller en quelque chose.
   Eh comment diable ! je ne ferais pas mieux, moi qui m'en pique [de versifier], BEAUMARCH. Barb. de Sév. I, 6.
   Se piquer d'honneur, montrer dans quelque occasion plus de courage, plus de générosité, etc. qu'on n'a coutume d'en faire paraître.
   Sans te piquer d'honneur, crois qu'il n'est que de prendre, CORN. le Ment. IV, 6.
   Se piquer d'honneur, signifie aussi tenir obstinément à ce qu'on a décidé.
   Le siége apostolique a cela de recommandable qu'il ne se pique pas d'honneur, et se porte volontiers à révoquer ce qu'on a tiré par surprise, PASC. Prov. XVIII.
   Se piquer au jeu, ou, simplement, se piquer, s'opiniâtrer à jouer malgré la perte.
   Fig. Se piquer au jeu, persister dans une entreprise malgré les obstacles, s'y opiniâtrer.
32°   Fig. S'affliger (vieilli en ce sens).
   Après tout, entre nous, confesse franchement Qu'une fille en ces lieux qui perd un frère unique, Jusques au désespoir fort rarement se pique, CORN. Mél. IV, 10.
   Devenir plus cuisant, plus amer.
   Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret ; Par là mon désespoir davantage se pique, CORN. la Gal. du Pal. III, 11.
33°   Fig. Se sentir offensé, prendre en mauvaise part.
   Ces gens à se piquer ardents, RÉGNIER Sat. x.
   Entre amis on ne va pas se piquer pour si peu de chose, MOL. Préc. 15.
   XIIIe s.
   Illec [là] les Turs nous assailloient de toutes pars ; une partie d'eulz entrerent en la meson deffete, et nous piquoient de leurs glaives par desus, JOINV. 225.
   XVe s.
   Et ceux de dehors avoient fait chas et instrumens, par quoi on piquoit les murs, tout à couvert, FROISS. I, I, 155.
   Chascun qui puet [peut] prent, hape et pique, Pour avoir grant estat et mise, E. DESCH. Poésies mss. f° 337.
   Le suppliant loua les jumens ou eques de Raymond, pour piquer ou batre son mil ou blé, DU CANGE picare..
   Au rapport qu'il fit, il estoit fort malade, et, à la verité dire, aussi estoit-il bien piqué [amoureux], LOUIS XI Nouv. XLVIII.
   L'autre se taisoit et piquoit son chemin [fuyait], LOUIS XI ib. LXXXIV.
   Elle monta sur son cheval, et piqua fort, tant qu'ils eurent eslongé la place, LOUIS XI ib. XCVIII.
   XVIe s.
   Ces hommes satyriques font profession de mesdire et de picquer tout le monde, AMYOT Péric. 30.
   Le dit Luther demouroit piqué [arrêté] en sa doctrine, SLEIDAN f. 4.
   Il fallut courir à l'escurie, où depuis trois semaines par prevoiance on avoit accoustumé de picquer des chevaux en une carriere ouverte, D'AUB. Hist. II, 187.
   Puis le fils ayant picqué près du pere pour avoir veu à son visage une esmotion non accoustumée, D'AUB. Mém. éd. LALANNE, p 5.
   On pique à pointe de marteau les meules de moulin, quand elles sont trop applanies, PARÉ IV, 1.
   Un sachet de tafetas bien piqué, PARÉ XXI, 2.
   Comme les tempestes se picquent contre l'orgueil de nos bastiments, MONT. I, 66.
   Sans se picquer [s'entêter] et opiniastrer à se convaincre..., MONT. I, 97.
   De quoy Plutarque se picque [se fâche] avec raison, MONT. I, 265.
   Il s'y affectionne, il s'y picque et s'y plaist [à cet exercice], MONT. II, 358.
   Trop piquer le cheval le fait restif, COTGRAVE .
   Pic 1 ; prov. picar, pichar ; espagn. picar ; ital. piechiare ; angl. to pick ; allem. picken.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
PIQUER.
29°   Ajoutez :
   Se piquer, s'altérer, se dit aussi en parlant de l'huile.
   Au bout d'une année, l'huile d'olive de Dalmatie se pique, suivant l'expression populaire, et n'est plus mangeable, Journ. offic. 3 fév. 1873, p. 791, 2e col..
34°   Locution populaire. Piquer un chien, dormir dans la journée sans être couché.
   On attribue cette métaphore avec vraisemblance aux mendiants aveugles assis avec leur chien devant eux, qui auraient soin de tenir dirigée vers l'animal la pointe de leur bâton, afin que, s'ils viennent à s'endormir et dès lors à se pencher en avant, la pointe pique le chien, qui, en remuant, les réveille.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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  • PIQUER — v. tr. Percer, entamer légèrement avec quelque chose de pointu. Une épingle l’a piqué. Il y a des épines qui piquent fort. Piquer quelqu’un jusqu’au sang. Je me suis piqué. Je me suis piqué le doigt. Piquer un papier, Y faire de petits trous.… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • piquer — v.t. Percer : Piquer les pneus. / Donner un coup de couteau ou de cutter : Je l ai piqué. / Tatouer : Se faire piquer un cœur sur le bras. / Voler, chaparder : Piquer les troncs (dans les églises). / Ramasser : Piquer les dopes. / Prendre,… …   Dictionnaire du Français argotique et populaire

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  • Piquer — Le verbe « piquer » a de nombreuses acceptions : en aéronautique, action de descendre très rapidement. Un avion peut avoir une tendance à « piquer » (ou au contraire : à « cabrer ») que le pilote ou les… …   Wikipédia en Français

  • piquer — vt Voler, prendre. • Tiens, il me manque un bouquin, je me demande qui a pu le piquer? • Merde! Je me suis fait piquer ma bagnole! • Il m’a piqué le petit Utrillo que j’avais accroché dans l’entrée. Un vrai! Je l’avais fait expertiser …   Le petit dico du grand français familier