renommée


renommée
(re-no-mée ; Palsgrave, p. 57, dit, au XVIe siècle, qu'on prononçait renoumée) s. f.
   Connaissance d'un nom parmi un public plus ou moins étendu. Bonne renommée. Mauvaise renommée.
   Et la gloire et la renommée Ne sont que songe et que fumée, Et ne vont point jusques aux morts, VOIT. Oeuv. t. II, p. 206.
   Ne montrez à la cour que votre renommée, CORN. Nicom. I, 1.
   À quelque prix qu'on mette une telle fumée, L'obscurité vaut mieux que tant de renommée, CORN. Hor. II, 3.
   Le soin que nous prenons de notre renommée...., MOL. Tart. III, 3.
   Qu'heureux est le mortel qui, du monde ignoré, Vit content de soi-même en un coin retiré ; Que l'amour de ce rien qu'on nomme renommée N'a jamais enivré d'une vaine fumée !, BOILEAU Epître VI.
   Mes malheurs font encor toute ma renommée, RAC. Bajaz. II, 1.
   Louis XIV, jeune encore et avide de renommée, qu'il prenait pour la véritable gloire, se préparait à faire la guerre à la Hollande, D'ALEMB. Éloges, Despréaux..
   Pour jouir de ce bonheur qu'on cherche tant et qu'on trouve si peu, la sagesse vaut mieux que le génie, l'estime que l'admiration, et les douceurs du sentiment que le bruit de la renommée, D'ALEMB. Éloges, Sacy..
   Nous marchions vers cette petite ville [Athènes], dont le territoire s'étendait à quinze ou vingt lieues, et qui balance dans l'univers la renommée de l'empire romain, CHATEAUBR. Itin. part. I.
   Terme de palais. Rétablir quelqu'un en sa bonne fâme et renommée.
   La voix publique Nous avons appris l'événement par la renommée.
   La renommée accuse juste en contant ce que vous valez, MOL. Préc. 10.
   J'eus soin de vous nommer.... Des gouverneurs que Rome honorait de sa voix ; Je fus sourde à la brigue et crus la renommée, RAC. Brit. IV, 2.
   La vérité s'accorde avec la renommée, Madame, Osmin a vu le sultan et l'armée, RAC. Bajaz. I, 2.
   Toujours la renommée Avec le même éclat n'a pas semé mon nom, RAC. Bérén. II, 2.
   Terme de palais. Enquête de commune renommée, sorte d'enquête de voix publique pour constater certains faits.
   Si le défaut d'inventaire porte sur un mobilier échu à la femme, celle-ci ou ses héritiers sont admis à faire preuve, soit par titres, soit par témoins, soit même par commune renommée, de la valeur de ce mobilier, Code Nap. art. 1504.
   Être mythologique et allégorique représenté sous la figure d'une femme embouchant la trompette (en ce sens il s'écrit avec une r majuscule). Peindre, sculpter plusieurs Renommées.
   Lorsque d'un pied léger la prompte Renommée, Semant partout l'effroi, vient au chantre éperdu Conter l'affreux détail de l'oracle rendu, BOILEAU Lutr. V.
   En cette acception, on s'en sert dans plusieurs phrases de style oratoire et poétique, mais sans y mettre l'r majuscule. La renommée publie ses victoires. Le vol de la renommée. Sur les ailes de la renommée.
   Mais on croit trop ici l'aveugle renommée, Son infidèle voix vous a mal informée, VOLT. Adél. I, 3.
   Mon cher ami, vous savez que la renommée a cent bouches, et que, pour une qui dit vrai, il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui mentent, VOLT. Lett. à Collini, 22 oct. 1766.
   La renommée a publié de ses cent bouches les victoires qu'il [Amazan] remporta sur les trois rois avec ses Espagnols, ses Vascons et ses licornes, VOLT. Princ. de Babyl 11.
PROVERBE Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée, il vaut mieux avoir l'estime publique que d'être riche (voy. ceinture).
   RENOMMÉE, RÉPUTATION. La renommée a pour point de départ la célébrité ; la réputation, une opinion plus circonscrite. La renommée est dans le grand public ; la réputation, dans un petit public. Aussi Duclos a-t-il dit : La réputation et la renommée peuvent être fort différentes, et subsister ensemble, Consid. moeurs, 5.
   Corneille ayant dit : Et lui, désespéré, s'en alla dans l'armée Chercher d'un beau trépas l'illustre renommée, Poly. I, 3, Voltaire objecte que renommée ne convient point à trépas ; ce mot ne regarde jamais que la personne, parce que renommée vient de nom : la renommée d'un guerrier, la gloire du trépas.
   XIIIe s.
   Mieux aim [j'aime] de li [de ma dame] avoir dure pensée, Que d'une autre greigneurs biens atenir ; Tant aim de li [j'aime d'elle] la douce renommée, VIDAME DE CHARTRES Romanc. p. 114.
   Il furent chevalier de haute renommée, AUDEFR. LE BAST. ib. p. 25.
   Trop dolente en seroie, s'en faisiez renommée [si vous en parliez], Berte, XVI.
   Bone gent [ils] sont et sage et de grant renommée, ib. XLVI.
   Par toute la contrée en va la renommée, ib. CIV.
   Tant que il avint que renoumée, qui par tout vole, en vint au roi Phelippe, Chr. de Rains, p. 61.
   Et fu renoumée de celi femme qu'il voult [voulut] gesir avec elle contre se [sa] volenté, Bibl. des chartes, 2e sér. t. III, p. 425.
   Maistre Robert de Cerbone pour la grant renommée que il avoit d'estre preudomme, il [Louis IX] le faisoit manger à sa table, JOINV. 195.
   Mais de sorplus ne vos fas [je ne vous fais] renomée [récit], Aubri, p. 159.
   XIVe s.
   Il est escript : la vieille renommé est tost alée quant elle n'est renouvelée, LE CHEV. DE LA TOUR, Instruct. à ses filles, f° 85, dans LACURNE..
   XVe s.
   De quoi lesdits seigneurs ne voulurent mie plenté sejourner, ni eux endormir en la renommée des medisans, FROISS. I, 1, 201.
   Balade que bonne renommée vault mieux à l'homme que fin or, E. DESCH. Poésies mss. f° 368.
   Plus griefve chose est la moitié, de male renommée faire bonne que de la bonne faire mauvaise, Perceforest, t. I, f° 124.
   XVIe s.
   Si le soing de se faire cognoistre aux siecles advenir et de la renommée, MONT. I, 291.
   Renommé ; provenç. renomada, renomnada ; ital. rinomata.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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  • renommée — Renommée. subst. fem. Renom, reputation. Bonne renommée. mauvaise renommée. grande renommée. noircir, ternir la renommée de quelqu un. cela feroit tort, cela nuiroit à sa renommée. perdre sa renommée. On dit prov. Bonne renommée vaut mieux que… …   Dictionnaire de l'Académie française

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