venir


venir
(ve-nir), je viens, tu viens, il vient, nous venons, vous venez, ils viennent ; je venais ; je vins, nous vînmes ; je viendrai ; je viendrais ; viens, qu'il vienne, venons, venez ; que je vienne, que nous venions, que vous veniez ; que je vinsse, que nous vinssions, qu'il vînt ; venant ; venu, v. n.
1°   Se transporter d'un lieu dans celui où se trouve la personne qui parle ou à qui l'on parle.
2°   En termes de marine, venir à.
3°   Arriver à l'endroit où est la personne qui parle.
4°   Aller d'un lieu plus éloigné à un lieu plus proche de celui qui parle.
5°   Aller d'un lieu proche à un lieu éloigné, mais seulement quand celui qui parle demande qu'on l'accompagne.
6°   Aller et venir.
7°   Il se dit des choses inanimées qui ont un mouvement.
8°   Être apporté, en parlant des choses.
9°   Quelquefois venir, devant un infinitif, ne fait guère que renforcer l'idée exprimée par cet infinitif.
10°   Faire venir quelqu'un, le mander, lui donner ordre ou avis de venir.
11°   Sortir, en parlant des liquides contenus dans un vaisseau.
12°   Monter, s'élever.
13°   Tomber fortuitement en la possession, en parlant des choses.
14°   Être transmis d'âge en âge, en parlant de traditions, de livres, d'ouvrages.
15°   Venir au monde, naître.
16°   Apparaître à la surface du corps.
17°   Survenir fortuitement, par accident, inopinément.
18°   Laisser venir un coup, au jeu de la paume.
19°   Venir par succession, en parlant de choses. Venir à succession, en parlant de personnes.
20°   Échoir par quelque hasard.
21°   Se produire suivant l'ordre des temps.
22°   Fig. Il se dit des choses qui sont supposées se mouvoir.
23°   Intervenir, se rencontrer à la traverse.
24°   Être issu, être sorti.
25°   Dériver, en parlant de mots, de langues.
26°   Provenir, être reçu de.
27°   Émaner, procéder.
28°   Se former dans l'esprit, dans la mémoire, dans le coeur.
29°   Naître, être produit.
30°   Avoir une certaine croissance.
31°   Il se dit de ce qui s'accomplit, vient comme il faut.
32°   Venir à rien.
33°   Venir à, passer à ce qui est de notre objet.
34°   Venir à une chose, se résoudre à la faire, à l'accepter.
35°   Se porter à quelque chose d'excessif.
36°   Venir à, réussir à, atteindre.
37°   En venir.
38°   En venir à, aborder un sujet sur lequel on hésite.
39°   Venir à, suivi d'un infinitif, marque quelque chose d'inattendu, de fortuit.
40°   Venir de, suivi d'un infinitif, se dit d'une chose faite depuis peu de temps.
41°   V. réfl. S'en venir.
42°   S. m. Le venir.
43°   Un venez-y-voir.
44°   Va-et-vient.
   Se transporter d'un lieu dans celui où se trouve la personne qui parle ou à qui l'on parle. D'où venez-vous ? Il est venu ici, ou, simplement, il est venu. Je viens pour vous dire. Venez nous voir. Il vient de Rome. Il est venu à pied, à cheval, en voiture. Qu'il vienne, je l'attends.
   Elle va revenir.... elle vient, je la vois, CORN. Cid, III, 1.
   Mes chiens n'appellent point au delà des colonnes Où sont tant d'honnêtes personnes [animaux malfaisants pendus] ; Il y viendra, le drôle ! il y vint, à son dam, LA FONT. Fabl. XII, 23.
   Venez, venez, ma fille, on n'attend plus que vous ; Venez remercier un père qui vous aime, Et qui veut à l'autel vous conduire lui-même, RAC. Iphig. IV, 4.
   Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel, RAC. Athal. I, 1.
   Seigneur, je viens à vous ; car enfin aujourd'hui, Si vous m'abandonnez, quel sera mon appui ?, RAC. Mithr. I, 2.
   Ils feront comme le roi d'Espagne, lequel se trouva mieux, dit Pascal, de croire sur les antipodes Christophe Colomb qui en venait, que le pape Zacharie qui n'y avait jamais été, D'ALEMB. Oeuv. t. IV, p. 258.
   L'esprit de la prière et de la solitude.... Appela de tout temps les âmes de son choix : Venez, venez, dit-il à l'amour qui regrette, Au génie opprimé sous un ingrat oubli...., LAMART. Harm. I, 11.
   Impersonnellement. Il vient dans cette maison toute sorte de gens.
   Venir au secours, à l'aide, venir pour secourir, pour aider.
   Cet effort généreux de votre amour parfaite Vient-il à mon secours, vient-il à ma défaite ?, CORN. Poly. IV, 3.
   Venir sur, marcher vers quelqu'un avec le dessein de l'attaquer.
   Je l'ai surprise dans les bras d'un jeune homme, qui, dès qu'il s'est vu découvert, est venu sur moi, MONTESQ. Lett. pers. 159.
   Fig. Il s'en est allé comme il était venu, il n'a rien fait de ce qu'il aurait dû faire.
   Jean s'en alla comme il était venu, Mangeant le fonds avec le revenu, LA FONT. Son épit. faite par lui-même..
   Fig. Il semble qu'il vienne de l'autre monde, voy. monde 1, n° 24.
   Fig. De quel pays venez-vous ? d'où venez-vous ? se dit à ceux qui ignorent une nouvelle connue de tout le monde, ce qui se passe publiquement, ce qui est dans la pratique commune.
   Mme Verteuil : Vous m'étonnez toujours ; mais d'où venez-vous donc ? - Formont : D'où je viens, madame ? - Mme Verteuil : Oui. - Formont : De mon pays, j'espère, COLLIN D'HARLEV. Moeurs du jour, II, 11.
   Voir venir quelqu'un, l'apercevoir quand il est en marche pour venir. Du haut de la terrasse je le voyais venir.
   Fig. Voir venir quelqu'un, voir ce qu'il fera ou quel est son dessein.
   Il ne manquera pas de vouloir se justifier ; je l'écouterai, je le verrai venir, LESAGE Diable boit. 4.
   Mais.... il est quelquefois très bon de voir venir, DORAT Feinte par amour, III, 4.
   Il voulait la maison ; voyons-le venir, A. DUVAL Maison à vendre, sc. 15.
   Je vous vois venir, je devine ce que vous pensez, ce que vous allez faire ou dire.
   Lubin : Vous avez envie de me tirer les vers du nez. - G. Dandin : Non, ce n'est pas cela. - Lubin : Eh ! quelque sot.... Je vous vois venir, MOL. G. Dand. II, 7.
   Le laquais de M. de Rozelles a voulu me faire jaser ; moi, qui connais cela, je l'ai vu venir, GENLIS Théât. d'éduc. le Magistrat, II, 1.
   Voir venir, se dit, à certains jeux de cartes, quand on jette une carte insignifiante pour engager les positions à se dessiner.
   Laisser venir, voir venir, attendre, ne pas se presser. Dans cette affaire nous n'avons qu'à laisser venir, qu'à voir venir.
   Peine perdue que ce travail-là.... laissons-les venir ; je ne prends pas facilement l'épouvante, LESAGE Turcaret, III, 9.
   Terme de marine. Venir à, gouverner de manière à obtenir un résultat donné. Venir au vent, se dit d'un bâtiment qu'on incline de manière à recevoir plus de vent dans ses voiles.
   Venir é bâbord ou à tribord, se dit du navire à qui l'on fait décrire une courbe à droite ou à gauche de la route qu'il suivait.
   Arriver à l'endroit où est la personne qui parle. Quel jour vient le courrier ? Il est parti de Lyon, et vient demain.
   Aller d'un lieu plus éloigné à un lieu plus proche de celui qui parle. Il est venu de Rome à Lyon.
   Aller d'un lieu proche à un lieu éloigné, mais seulement quand celui qui parle demande qu'on l'accompagne. Je pars pour Lyon, voulez-vous venir avec moi ? Venez avec nous aux Tuileries.
   Venez sauver César de sa propre fureur, RAC. Brit. v, 8.
   Aller et venir, se dit de ceux qui vont, qui partent, et qui reviennent.
   Il fit bien valoir la beauté de la Provence, et comme tout y est vif et passant et brillant, à cause de ces vaisseaux et de ces galères, et de ceux qui vont et viennent d'Italie, SÉV. 18 août 1680.
   Ne faire qu'aller et venir, être continuellement en mouvement.
   En un autre sens, ne faire qu'aller et venir, mettre très peu de temps à aller quelque part et revenir.
   Il se dit des choses inanimées, qui ont un mouvement. La lumière vient de côté. Le vent vient du nord.
   Les eaux venant des pôles n'ont pu gagner ces contrées méridionales encore brûlantes que quand elles ont été refroidies, BUFF. Add. théor. terr. Oeuv. t. XIII, p. 163.
   Impersonnellement. Il vient beaucoup de vent de ce côté.
   Fig. Ses revenus viennent bien, ils sont payés sûrement et régulièrement.
   Être apporté, en parlant des choses. Cette denrée vient de l'Orient.
   Impersonnellement. Il vient du blé de cette province.
   Vient-il de la province une satire fade, D'un plaisant du pays insipide boutade, Pour la faire courir on dit qu'elle est de moi, BOILEAU Épît. VI.
   Quelquefois venir, devant un infinitif, ne fait guère que renforcer l'idée exprimée par cet infinitif.
   Que, devant Troie en flamme, Hécube désolée Ne vienne pas pousser une plainte ampoulée, BOILEAU Art p. III.
   Du haut de ce balcon votre malheureux frère Vint tomber tout sanglant..., DELILLE Homme des ch. IV, variantes..
   On viendra nous dire..., on objectera... (tournure très usitée pour prévenir les objections).
10°   Faire venir quelqu'un, le mander, lui donner ordre ou avis de venir.
   Faire venir une chose, donner l'ordre de la transporter dans le lieu où l'on est. Faire venir des provisions. Faire venir une voiture.
   S'il n'était presque aussi difficile de me faire aller à Paris que de faire venir Paris ici (dans l'Angoumois), BALZ. liv. XV, Lett. 2.
   Cela fait venir l'eau à la bouche, se dit d'une chose agréable au goût dont l'idée excite l'appétit, et figurément de tout ce qui excite le désir.
   Fig. Faire venir l'eau au moulin, voy. moulin.
11°   En parlant des liquides contenus dans un vaisseau, sortir. Le vin ne vient plus que goutte à goutte. On a voulu le saigner, mais le sang ne vint pas.
12°   Monter, s'élever. Il ne me vient pas à l'épaule. Les eaux viennent jusqu'au premier étage.
   Eh ! que feriez-vous donc si vous voyiez ma femme ? elle vient à peine à mes genoux, cependant...., BARTHÉL. Anach. ch. 14.
13°   Tomber fortuitement en la possession, en parlant des choses.
   Je vous assure que les tablettes sont venues en ses mains de la même sorte, VOIT. Lett. 24.
Être transmis d'âge en âge, en parlant de traditions, de livres, d'ouvrages.
   C'est de lui que nous vient cet art ingénieux De peindre la parole et de parler aux yeux, BRÉBEUF Pharsale, III.
   C'est par Théophraste que sont venus jusqu'à nous les ouvrages de ce grand homme [Aristote], LA BRUY. Disc. sur Théophr..
   Le plus ancien traité de musique [celui d'Aristide] qui soit venu jusqu'à nous, ROLLIN Hist. anc. Oeuv. t. XI, 1re part. p. 236, dans POUGENS..
15°   Venir au monde, naître.
   Victorieux par mer et par terre, il [Auguste] ferme le temple de Janus ; tout l'univers vit en paix sous sa puissance, et Jésus-Christ vient au monde, BOSSUET Hist. I, 9.
   Cet enfant est venu à terme, il est né à l'époque ordinaire de la naissance.
   Il est venu avant terme, il est né avant le terme ordinaire de la grossesse.
   L'enfant vient bien, se dit durant l'accouchement, lorsque l'enfant se présente de la manière la plus naturelle.
   Cet enfant nouveau-né est bien venu, la mère en est accouchée heureusement.
16°   Apparaître à la surface du corps. Une ébullition lui est venue.
   Impersonnellement. Il lui vient des boutons au visage.
   Il lui vint [à Jésus] une sueur comme des gouttes de sang, qui découlaient jusqu'à terre, SACI Bible, Évang. St Luc, XXII, 44.
   S'il pouvait vous venir la petite vérole, BOURSAULT Fabl. d'Ésope, III, 6.
17°   Survenir fortuitement, par accident, inopinément. Un malheur ne vient jamais seul. Tout lui vient à souhait. Cela lui vient bien à point.
   Tous ces maux qui viennent par la vanité me font toujours un malin plaisir, SÉV. 3 avr. 1686.
Impersonnellement. Je crains qu'il ne vienne une bourrasque, de la pluie. Il lui vint une grosse fièvre.
   Elliptiquement. Vienne une maladie, vienne un revers, s'il vient une maladie, un revers.
   S'il vient faute de lui, s'il meurt.
   S'il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde, MOL. Mal. imag. I, 9.
   Cela lui vient de Dieu grâce, voy. grâce, n° 7.
   Fig. Prendre le temps comme il vient, voy. temps, n° 21.
18°   Au jeu de la paume, laissez-moi venir ce coup-là, laissez-moi le jouer.
   À différents jeux de cartes. Laissez-moi venir cette main, laissez-moi faire cette main.
19°   Venir par succession, échoir, avec un nom de choses pour sujet. Après la mort du père, les biens viennent aux enfants. Les biens qui viennent du côté de la mère.
   Avec un nom de personne pour sujet, obtenir par une sorte d'échéance. Venir à une succession par souche, par tête, par représentation.
   La royale famille des Stuarts, qui, étaient venus à la succession de la couronne d'Angleterre par une fille de Henri VII, BOSSUET Reine d'Anglet..
   Le fils venant de son chef à la succession du donateur, Code civ. art. 848.
   Ce roi vint jeune au trône, à la couronne, il y parvint jeune.
   Venir au sou la livre (locution vieillie), partager au sou la livre.
   Venir à compte, à partage, à composition, compter, partager, composer.
   L'héritier venant à partager, Code civ. art. 844.
20°   Échoir par quelque hasard. J'ai mis à la loterie, et il m'est venu un bon billet.
21°   Arriver suivant l'ordre des temps. Ceux qui viendront après nous. Il viendra un temps.
   Que n'eût-elle pas donné pour obtenir ce miracle [devenir croyante] ? mais l'heure marquée par la divine Providence n'était pas encore venue, BOSSUET Anne de Gonz..
   Son heure est venue, sa mort, sa punition est prochaine.
   Encore un peu plus outre, et ton heure est venue, CORN. Poly. IV, 2.
   Son heure est venue signifie aussi qu'il subira quelque grande influence morale.
   Qui vient, prochain.
   Car je n'aurai, s'il t'en souvient, Que trente ans à Noël qui vient, SCARR. Virg. IV.
   Si vous continuez de vous bien porter, ma chère enfant, je ne vous irai voir que l'année qui vient, SÉV. 57.
   Je crois toujours partir la semaine qui vient, SÉV. 258.
   Vienne la Saint-Denis, viennent les Rois, quand la Saint-Denis arrivera, quand les Rois arriveront.
   J'ai pourtant, voyez-vous ! quatre-vingt-dix-huit ans Vienne la Saint-Martin, REGNARD Fol. amour. III, 4.
   J'imagine, mon cher ange,... que vous ferez jouer Tancrède vienne la Saint-Martin, VOLT. Lett. d'Argental, 27 oct. 1760.
   Populairement Elle aura quinze ans viennent les prunes, l'été prochain.
   À venir, qui doit venir, qui doit arriver. Le temps à venir.
   Le corbeau sert pour le présage ; La corneille avertit des malheurs à venir, LA FONT. Fabl. II, 17.
   Et par écrit Le sénat demanda ce qu'avait dit cet homme, Pour servir de modèle aux parleurs à venir, LA FONT. ib. XI, 7.
   Et ce triomphe heureux qui s'en va devenir L'éternel entretien des siècles à venir, RAC. Iphig. I, 5.
22°   Fig. Il se dit des choses qui sont supposées se mouvoir. Les arts sont venus de telle contrée. Le choléra vient de l'Inde. La peste vient de l'Égypte.
   Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi, RAC. Iphig. IV, 6.
   Si vous refusez la paix et la justice qui viennent à vous, la paix et la justice seront vengées, FÉN. Tél. XI.
   Cela vint à ma connaissance, cette nouvelle est venue jusqu'à moi, j'ai appris cela, j'ai su cette nouvelle.
   J'ai senti vivement la belle et brillante action du chevalier de Pompone ; elle vous viendra de tous côtés, SÉV. 12 juill. 1690.
23°   Intervenir, se rencontrer à la traverse.
   Les protestants sont venus ensuite, qui ont fort maltraité les miracles de l'une et l'autre Église [latine et grecque], VOLT. Dict. phil. Miracles, II.
   Venir à la traverse, traverser, troubler un dessein, une affaire.
24°   Être issu, être sorti. C'est un homme qui vient de bon lieu. Il vient de bas lieu. Le chien doguin vient du dogue et du petit danois.
   Ton illustre audace Fait bien revivre en toi les héros de ma race ; C'est d'eux que tu descends, c'est de moi que tu viens, CORN. Cid, III, 6.
   Les deux plus puissantes monarchies qui se soient élevées alors, furent celle d'Égypte fondée par Ptolomée fils de Lagus, d'où viennent les Lagides, et celle d'Asie ou de Syrie fondée par Séleucus, d'où viennent les Séleucides, BOSSUET Hist. I, 8.
   Quel bruit ? - Que cet enfant vient d'illustre origine, RAC. Athal. III, 4.
   Ce peuple venait d'une race de géants qui était de la même origine que les Cyclopes, FÉN. Tél. I.
   Les blancs, et les nègres, et les rouges, et les Lapons, et les Samoyèdes, et les albinos ne viennent certainement pas du même sol, VOLT. Moeurs, 3.
   Si les Groenlandais tirent leur origine des Islandais ou des Norwégiens, comme l'ont avancé plusieurs auteurs, ou si, comme le prétend M. P., ils viennent des Américains, BUFF. Suppl. à l'Hist. nat. Oeuv. t. XI, p. 249.
   C'est un homme qui est venu de rien, il n'avait rien, il n'était rien, et il a fait fortune.
25°   Dériver, en parlant de mots, de langues. Ce mot vient de tel autre. Le français vient, pour la plus grande partie, du latin. Cette expression vient du grec. Amiral vient de l'arabe.
26°   Provenir, être reçu de. L'or et l'argent viennent d'Amérique.
   Je les reçois [des présents] de fort bon coeur, et je recevrai toujours de même tout ce qui me viendra de votre part, VOIT. Lett. 24.
   Ah ! gardez-vous de l'une et l'autre main ; Cette coupe est suspecte, elle vient de la reine, CORN. Rodog. v, 4.
   Qu'admira-t-on davantage, ou de ce que ce secours vint si à propos, ou de ce qu'il vint d'une main dont on ne l'attendait pas ?, BOSSUET Anne de Gonz..
27°   Émaner, procéder.
   L'homme trahit sa foi, d'où vinrent les notaires, RÉGNIER Sat. VI.
   Ma faveur fait ta gloire, et ton pouvoir en vient, CORN. Cinna, v, 1.
   La victoire ne dépend point de la grandeur des armées ; mais c'est du ciel que nous vient toute la force, SACI Bible, Machab. I, III, 19.
   D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment ?, RAC. Athal. I, 1.
   Mon mal vient de plus loin, SACI Phèdre, I, 3.
   Les grandes pensées viennent du coeur, VAUVENARGUES. Max. et réfl. 127.
   Les jansénistes et les molinistes n'ont point eu de mortification plus cuisante que de n'avoir pu s'égorger en bataille rangée ; d'où vient cela ?, VOLT. Dict. phil. Les pourquoi..
   D'où viennent ces lits de tourbes qui s'étendent depuis Bruges par tout le plat pays de la Flandre jusqu'à la rivière d'Aa ?, BUFF. Add. théor. terr. Oeuv. t. XIII, p. 174.
   Ces philosophes qui nient que nos connaissances viennent des sens, CONDILL. Logiq. I, 6.
   D'où vient que ? quelle est la cause que ?
   Mais, ma mère, d'où vient que vous sortez si vite ?, MOL. Tart. I, 1.
   D'où vient qu'en m'écoutant, vos yeux, vos tristes yeux Avec de longs regards se tournent vers les cieux ?, RAC. Brit. v, 1.
   Absolument et familièrement. D'où vient ? quelle est la cause ? quel est le motif.
   M.Oronte : Cela ne se peut pas, madame. - Mme Oronte : D'où vient, monsieur ? - M. Oronte : D'où vient ? voulez-vous que nous manquions de parole à M. Orgon, notre ancien ami ?, LESAGE Crisp. rival de son maître, 6.
   Mais d'où vient donc, dis-moi ? quelque part qu'on s'arrête, en Calabre ou ailleurs, tout le monde se met à faire la révérence, et voilà une cour, P. L. COUR. Lett. à M***, 25 juin 1806.
   D'où vient, avec un verbe à l'infinitif.
   D'où vient le redouter, moi qui peux lever les yeux sur lui avec la noble assurance... ?, RICCOBONI Oeuv. t. I, p. 346, dans POUGENS.
   D'où vient prendre pour un tendre sentiment les simples marques de ton estime ?, RICCOBONI ib. t. VI, p. 194.
28°   Se former dans l'esprit, dans la mémoire, dans le coeur, en parlant d'idées, de sentiments.
   Il lui vint à l'esprit, dans l'esprit que.... Tout ce que je fais me vient naturellement, c'est sans étude, MOL. Préc. 10.
   En voici un [passage] qui me vient sur ce verset du psaume XLI, BOSSUET Ét. d'Orais. x, 25.
   J'aurais dit tout net : je suis le fils d'un paysan, si le mot de fils d'un homme de la campagne ne m'était pas venu, MARIV. Pays. parv. 4e part..
   Lorsque je l'ai aimé, c'était un amour qui m'était venu ; à cette heure que je ne l'aime plus, c'est un amour qui s'en est allé, MARIV. Double inconst. III, 8.
   C'est une idée [charger M. Hénin de la pacification de Genève] qui me vient ; il ne me l'a point du tout suggérée, VOLT. Lett. d'Argental, 21 déc. 1765.
   Quand je m'étais mis à mon papier, il ne me venait presque plus rien de ce que j'avais composé, J. J. ROUSS. Conf. VIII.
   Je dis ce qui me vient, et l'on peut me le rendre, GRESS. le Méch. I, 4.
29°   Naître, être produit. Cette plante vient de bouture. La vigne ne vient pas dans ce pays. Les melons viennent là en pleine terre. Ce semis commence à venir. Les dents viennent à cet enfant. Il lui est venu deux dents.
   On lit avec un grand plaisir dans le livre de la Vieillesse l'élégante description que Cicéron y fait de la manière dont vient le blé, ROLLIN Traité des Ét. v, art. 3 et 4.
   L'esprit ne vient qu'en France ; c'est pour ainsi dire son terroir ; et nous en fournissons tous les autres peuples de l'Europe, BOISSY Franç. à Lond. sc. 16.
   On a vraiment bien raison de dire : plantez là des filles ; il y viendra des garçons, COMTE DE CAYLUS Féeries, Prince Muguet, Oeuv. t. VIII, p. 318, dans POUGENS..
   Fig. La raison lui viendra avec l'âge.
30°   Avoir une certaine croissance. Cet arbre vient bien, vient mal. Cet enfant ne vient pas bien.
   Notre prince de Dombes vient bien, et madame sa mère s'est tirée avec vigueur de cette grande affaire, MAINTENON Lett. à Mme de Brinon, t. II, p. 256, dans POUGENS.
   On dit aussi : Cet enfant a de la peine à venir
   Venir à bien, croître comme il faut.
   La nature est prodigue en semences de plantes ; il lui suffit que, sur un grand nombre de perdues, il y en ait quelqu'une qui vienne à bien, FONTEN. Malebranche..
   On craint que son fruit, que son enfant ne vienne pas à bien, se dit d'une femme souffrante ou qui a éprouvé quelque accident durant sa grossesse.
   Ses enfants ne viennent pas à bien, les enfants de cette femme meurent très jeunes.
31°   Il se dit de ce qui s'accomplit, vient comme il faut. Venir à maturité, en maturité.
   Venir bien à, convenir. Cette robe vient bien à sa taille.
   Ce galetas qui de rien ne nous sert Lui viendra bien, LA FONT. Orais..
   C'était une affaire toute trouvée, et qui venait fort bien à la chose, MOL. Impromptu, 1.
   Douze mille arpents de terre ; vous et moi connaissons des gens à qui cela viendrait fort bien, P. L. COUR. Simple discours..
   Ce que je vais dire vient à mon sujet, convient au sujet de mon discours.
   Ces nuances, ces couleurs viennent bien ensemble, elles font bon effet ensemble.
   En termes d'art. Ressortir.
   Je crains que ce groupe ne vienne pas assez sur le devant, DIDER. Salon de 1767, Oeuv. t. XIV, p. 302, dans POUGENS.
   Ces figures sont bien venues, mal venues, elles sont bien réussies, mal réussies.
   Il y a quelques parties à l'envers qui sont venues presque aussi nettes qu'à l'endroit, DIDER. Peint. en cire, t. XV, p. 469, dans POUGENS.
   On dit dans le même sens qu'une photographie est bien venue, mal venue.
   Terme d'imprimerie. Cette feuille, cette estampe est bien venue, mal venue, elle est sortie bien tirée, mal tirée de dessous la presse.
32°   Venir à rien, diminuer beaucoup, se réduire presque à rien. Il maigrit, il vient à rien. Si vous laissez tant bouillir cette sauce, elle viendra à rien.
   Fig. Tous ses grands projets viendront à rien, ses grands projets échoueront misérablement.
   En un sens analogue.
   Mes flèches et mon arc me viennent à mépris, RÉGNIER Dial..
33°   Venir à, avec un nom de personne pour sujet, passer à ce qui est de notre objet. Venir au fait. Venir à la conclusion.
   Je viens maintenant à notre question, PASC. Prov. XVII.
   Sans craindre aucune chose, Je prends donc la parole, et je viens à ma cause, RAC. Plaid. III, 3.
   Je suais sang et eau pour voit si du Japon Il viendrait à bon port au fait de son chapon, RAC. ib. III, 3.
   C'est à quoi je voulais venir. - Eh ! viens-y donc, BRUEYS Grondeur, I, 3.
   Je pressens votre objection ; j'y vais venir à l'instant, J. J. ROUSS. Hél. v, 3.
   On dit de même : Venir sur.
   Quand il [d'Ormesson, rapporteur dans le procès de Fouquet] est venu sur un certain article du marc d'or, Pussort a dit : voilà qui est contre l'accusé, SÉV. à Pompone, 11 déc. 1664.
34°   Venir à une chose, se résoudre à la faire, à l'accepter.
   Si faudra-t-il qu'elle y vienne pourtant, LA FONT. Magn..
   Le fond de son caractère est porté au dogme abominable de la tolérance : un jour il y viendra, VOLT. Voyages de Scarmentado..
   Faire venir à la raison, réduire à la raison, soit par la persuasion, soit par contrainte.
   Faire venir à jubé, voy. jubé.
35°   Se porter à quelque chose d'excessif. Il vint à un tel point d'insolence.... Il vint jusqu'à me déclarer....
   Par menace. Qu'il y vienne, qu'il ait la hardiesse, l'audace de.
   Il se dit des choses en un sens analogue. Son insolence vint au point de mériter une correction.
   Les choses vinrent à un point que..., à tel point que..., si avant que..., elles furent portées à un tel excès, si loin, que....
36°   Venir à, réussir à, atteindre. Venir à bout de ses desseins, de ses entreprises.
   Venir à bout de faire une chose, réussir à la faire.
   Venir à bout de ses ennemis, les surmonter.
   Venir à son but, à ses fins, réussir à ce qu'on voulait.
   On a dit dans le même sens : venir à chef.
   Le pis de leur méchef Fut qu'aucun d'eux ne put venir à chef De son dessein...., LA FONT. Rémois..
   On dit aussi : venir au-dessus.
   Par ce moyen la seconde commère Vint au-dessus de ce qu'elle entreprit, LA FONT. Gageure..
37°   Venir se construit avec la particule en qui lui donne plus de force en indiquant à l'esprit quelque chose d'antécédent d'où l'on part.
   La cour étonnée en viendra à un accommodement, RETZ Mém. t. I, liv. II, p. 412, dans POUGENS.
   Les deux armées furent environ cinq jours en présence, sans que Maxime en voulût venir à un combat décisif, FLÉCH. Hist. de Théodose, III, 7.
   ...J'espérais de mourir à vos yeux Avant que d'en venir à ces cruels adieux, RAC. Bérén. IV, 5.
   En venir à son honneur, réussir dans ce qu'on avait entrepris.
   En venir aux mains, commencer à se battre.
   En venir aux reproches, aux injures, aux grosses paroles, aux coups, etc. porter la dispute jusqu'aux reproches, aux injures, aux coups.
   Et s'il fallait encor que l'on en vînt aux coups, Je combattrais..., CORN. Hor I, 4.
   La plupart des ménages en vinrent aux coups, VOLT. Avent. de la mémoire..
   En venir aux extrémités, à la violence, à la force, employer les moyens extrêmes, la violence, la force.
   Valère : N'en venons point, s'il vous plaît, à de fâcheuses extrémités.... - Sganarelle : Parbleu ! venez-en à tout ce qui vous plaira, MOL. Méd. malgré lui, I, 6.
   Il faut en venir là, se dit de tout ce qui est nécessaire, inévitable.
   Mais il faut toujours en venir là : il est très vrai qu'il y a quelque chose de divin.... dans les maladies qui travaillent les États, BALZ. Socrate chrétien, 8.
   On le dit aussi de ce qu'on regarde comme le plus expédient. Après avoir bien réfléchi, ils virent qu'il fallait en venir là.
   Il en vint jusqu'à le menacer, il poussa l'audace, la violence jusqu'à la menace.
   Ils en vinrent au point de faire telle chose, ils furent réduits à faire telle chose, ou ils se portèrent à des extrémités telles qu'ils firent telle chose.
   Les colons en vinrent jusqu'à brouter l'herbe, RAYNAL Hist. phil. XIII, 27.
   Il se dit des choses en un sens analogue.
   Là commencent les guerres puniques, et les choses en viennent si avant que chacun de ces deux peuples jaloux croit ne pouvoir subsister que par la ruine de l'autre, BOSSUET Hist. III, 7.
38°   En venir, aborder un sujet sur lequel on hésite.
   Puisque enfin il en faut venir aux sectes de ces derniers siècles, BOSSUET 5e avert. 3.
   C'est là que j'en voulais venir, c'est où j'en voulais venir, c'est le but où tendaient mes paroles ou mes actions.
   Discours d'enthousiaste ! on voit où vous en voulez venir, BEAUMARCH. Mère coupable, I, 12.
   On dit de même : Où veut-il en venir ?
   Par quel hasard à Montargis, toi, mon cher Dorlis ? - Dorlis, à part : Où veut-il en venir ?, PICARD Voy. interr. II, 6.
   Même signification sans la particule en.
   Pourquoi m'en faites-vous aujourd'hui souvenir ? Je ne vois pas encore où vous voulez venir, SCARR. D. Japh. d'Arm. I, 7.
39°   Venir à, suivi d'un infinitif marque quelque chose d'inattendu, de fortuit. Nous vînmes à parler de telle chose. S'il venait à mourir. Je vins tout à coup à me le rappeler. La chose viendra à se savoir.
   Comme les premiers navigateurs qui se hasardèrent en pleine mer sans octant et sans boussole, vinrent cependant à découvrir les principales parties du globe, BERN. DE ST-PIERRE Liv. III, Harm. anim..
40°   Venir de, suivi d'un infinitif, se dit d'une chose faite depuis peu de temps.
   L'ours, porté d'un même dessein, Venait de quitter sa montagne, LA FONT. Fabl. VIII, 10.
   Et quelle âme, dis-moi, ne serait éperdue Du coup dont ma raison vient d'être confondue ?, RAC. Andr. III, 1.
   Si tu venais d'entendre Quel funeste dessein Roxane vient de prendre, RAC. Bajaz. I, 4.
   Damilaville vient de mourir ; il était l'auteur du Christianisme dévoilé et de beaucoup d'autres écrits ; on ne l'a jamais su, VOLT. Lett. Villevieille, 20 déc. 1768.
   On dit de même familièrement : Il vient de venir.
41°   S'en venir, v. réfl. Même sens que venir.
   Les plus exquises choses qui soient au monde sont là assemblées comme en abrégé ; venez-vous-y-en, je vous en prie ; car je n'ai garde d'y aller sans vous, Francion, liv. IX, p. 367.
   Mais ne la vois-je pas qui s'en vient droit à moi ?, TRISTAN Marianne, II, 3.
   Un jour, au dévot personnage Des députés du peuple rat S'en vinrent demander quelque aumône légère, LA FONT. Fabl. VII, 3.
   L'ours, très mauvais complimenteur, Lui dit : viens-t'en me voir, LA FONT. ib. VIII, 10.
   Laisse-moi fuir ; cesse de rire De l'indocilité qui me fait envoler, Lorsque d'un ton si doux, on s'en vient m'appeler, LA FONT. ib. VIII, 21.
   Hier au soir, sur la brume, Un chat-huant s'en vint votre fils enlever, LA FONT. ib. IX, 1.
42°   S. m. Le venir, l'action de venir, usité seulement en cette locution : l'aller et le venir
   Fig. Avoir l'aller pour le venir, ne rien obtenir.S. m. Terme familier et ironique. Un venez-y-voir, bagatelle, chose qui mérite à peine d'être remarquée.
   D'un panache de cerf sur le front me pourvoir : Hélas ! voilà vraiment un beau venez-y-voir, MOL. Sgan. 6.
   On lui exprime qu'on lui est obligé ; grand venez-y-voir, MARIV. Pays. parv. 6e part..
   Je n'avais pas vingt ans quand cela m'arrivait ; vous passez quarante, beau venez-y-voir, MARIV. ib..
44°   Mouvement de va-et-vient, voy. va-et-vient.
   Fig. Proverbes. La balle vient au joueur, voy. joueur.
   Après la pluie vient le beau temps, un temps heureux succède à des circonstances fâcheuses.
   Tout vient à point à qui sait, à qui peut attendre, on vient à bout des choses quand on sait ou quand on peut attendre, avoir de la patience.
   Le bien lui vient en dormant, voy. dormir.
   Qui chapon mange, chapon lui vient, le bien vient à ceux qui en ont déjà.
   Les maladies viennent à cheval et s'en retournent à pied.
   Va-t'en voir s'ils viennent, voy. voir.
   Il se conjugue avec l'auxiliaire être.
   1. Venir régit l'infinitif sans préposition quand il exprime la venue. Je viens vous voir. Il régit l'infinitif avec la préposition de quand il marque une action faite depuis peu de temps. Je viens de le voir. Il régit l'infinitif avec la préposition à, quand il marque une action fortuite. Si je viens à le voir....
   2. Dans cette phrase de Necker : Des avantages incertains, avenirs, il y a deux fautes ; il faut retrancher l's, et écrire à venir en deux mots.
   3. Pour la différence entre venir et aller, voy. aller aux synonymes.
   4. Dans certaines provinces on dit : il s'est en venu. C'est une faute ; dites : il s'en est venu.
   5. Au XVIIe siècle on mettait plus volontiers, quand deux verbes se suivaient, le dernier étant réfléchi, le pronom personnel avant le premier verbe.
   J'avais entre mes mains et sa vie et sa mort, Et je me viens de voir arbitre de son sort, CORN. Suite du Menteur, I, 6.
   6. Dans le XVIIe siècle, quelques-uns disaient vindrent, au lieu de vinrent ; et les courtisans disaient viegne au lieu de vienne. Au reste, il y avait beaucoup de tendance, dans l'ancien français, à confondre le son de l'n, précédée ou suivie d'un i, avec gn.
   7. Pour la construction de en et y avec s'en venir, voy. en et Y.
   Xe s.
   Qued avuisset de nos christus mercit Post la mort, et à lui nos laist venir, Eulalie.
   Est venu de cist tres dies, Fragm. de Valenc. p. 467.
   Si vint grances [sic] iholt [chaud], ib. p. 468.
   XIe s.
   Il pout [put] venir à sainte yglise, Lois de Guill. I.
   En cest païs nos est venuz cunfundre, Ch. de Rol. II.
   [ils] Vindrent à Charles, ki France ad en baillie, ib. VII.
   La noit [ils] demurent, tresque vint al jur cler, ib. XI.
   Ki qu'el cumpert [qui que ce soit qui le paye], venuz en sont ensemble [aux mains], ib. CXXII.
   XIIe s.
   Et dist un mot qui li vint à plaisir, Ronc. p. 101.
   Li mesager li sont venu devant, ib. p. 121.
   Dites al duc qu'à moi veigne à parler, ib. p. 157.
   La mort me vient, que tant ai desirée, ib. p. 175.
   Quant nous venimes en la bataille grant, ib. p. 181.
   Car guerpi la bataille, si t'en vien avec mi, ib. p. 193.
   Nule chançon ne m'agrée, S'el ne vient de fine amor, Couci, I.
   Onques de vous ne me vint se mal non, ib. VII.
   Se par merci ne vieng [je] à guerredon...., ib..
   Que [vous] m'ocirez, se vous vient à talent [si vous le voulez], ib. XI.
   Quand [je] voi venir le bel tanz et la flour, ib. XVII.
   Son douz regart qui vient d'une estencele Mon cuer [coeur] en moi ferir, ib. XVIII.
   Ses ieuz, son vis, qui de joie sautele, Son aler, son venir, Son biau parler et son gent maintenir, ib. XVIII.
   Guiteclins de Sassoigne, quand ce vint à son tans, De sa premiere fame ot deus vaslez enfans, Sax. v.
   Il n'en vanront à chief [à bout], mes cuers le senefie [l'annonce], ib. XXXII.
   Tant [elle] fu sage et courtoise et de bele façon, Que nouveles en vindrent au Saisne Brunamont, ib. III.
   XIIIe s.
   Et les gens du païs vindrent à merci au fil de l'empereour de Constantinoble, et tant li donerent que pais firent à lui, VILLEH. LX..
   Et nous vos prions par Dieu, chiers sires, que vous preigniez la croix et que vous en vengniez avec nous, VILLEH. XXXIX..
   Certes nenil ; ne me vint en penser, Qu'onques nul jour je vous daignasse amer, QUESNES Romanc. p. 108.
   Maugré tous sains et maugré Dieu aussi, Revient Quesnes, et mal soit il vegnant !, HUES D'OISI ib. p. 103.
   Puisque je ving à terre [depuis que je suis né], DU CANGE venire..
   S'en venoit li lions come beste enragie, Berte, II.
   Car nus ne vient à vie, ne conviene finer, ib. III.
   Qui de bien est venus, drois est qu'à bien retraie, ib. VIII.
   Quant [elle] vint de pasmoison, la parole [elle] a emprise, ib. XXXI.
   Car deux larrons venoient de marcheans guetier, ib. XXXVIII.
   Mais si viennent les chose com Dieu plaist et agrée, ib. LXVIII.
   Dont vient ce que ma fille se fait ainsi haïr ?, ib. LXXIV.
   Quant [ce] vint après mangier, Blanchefleurs plus n'atent, ib. LXXXIII.
   Puisqu'ainsi est la chose et venue et alée, ib. CXV.
   Bien set que il est mal venuz, Se il pooit estre tenuz, Ren. 1875.
   À tot le mont ai fait anui, Dolanz et repentanz en sui ; Or voil venir à repentance De quanque je fis en m'enfance, ib. 10821.
   Moult as empris plus fole emprise De l'amor que tu as emprise ; Si la te venist miex [il te vaudrait mieux] lessier, Se de ton preu vues apressier, la Rose, 5818.
   Et Dieu est droiturier, si ne devroit soufrir que celui qui si desleaument tornast le garent, en venist au dessus par bataille, Ass. de Jerus. I, 250.
   De toz cas de crieme on pot apeler ou venir à gages, se li accuseres en veut fere accusation, BEAUMANOIR LXI, 2.
   Et quiconques erre contre le [la] foy, il doit estre amonestés par sainte Eglise qu'il delaissent lor erreur et viegnent à amendement de sainte Eglise, BEAUMANOIR XI, 25.
   Et encore parlerons noz d'aucuns [cas] qui noz venront en memore, BEAUMANOIR XI, 29.
   Avoir à clercs, toison à chien, Ne pueent pas venir à bien, RUTEB. 229.
   Quant vint au vendredi, JOINV. 214.
   Venés vous en, vous ne faites riens ici, JOINV. 281.
   XIVe s.
   Nous avons moult perdu, puisque nous viemes Cl, Hugues Capet, v. 1869.
   Vienne qui puet venir ! pensons de chevauchier, Guesclin. 18273.
   Là fussent mal venu et de corps et de vie...., ib. 985.
   Cilz argens que je porte ne me doit demeurer, Et en vendra de l'autre pour moi à rachater, ib. 14220.
   XVe s.
   Tant que temps et lieu venront que j'en devrai parler, FROISS. I, I, 4.
   En ce temps vint en propos et volonté au roi Edouard d'Angleterre qu'il feroit refaire et redifier le grand chastel de Windsore...., FROISS. I, I, 213.
   Si lui fit [le roi d'Angleterre à Jean de Copelant] grand chere et le prit par la main et lui dit : à bien vienne mon escuyer, qui par sa vaillance a pris notre adversaire le roi d'Escosse...., FROISS. I, I, 308.
   Au terme de 37 ans quand un homme est dans sa force et en son venir, et il est bien de toutes parties, FROISS. II, III, 70.
   Gardez votre corps, vous estes jeune et à venir, et tel vous monstre beau semblant qui vous aime moult petit, FROISS. II, II, 237.
   Et s'il avenoit qu'ils fussent en discord ni en guerre un temps à venir, FROISS. I, I, 125.
   Comme elle feust venue de bast [était bâtarde] et ne feust née en loyal mariage...., DU CANGE venire.
   Et quand Madame l'ouyt ainsi parler, et par raison, et qu'il n'entend pas où elle veult venir..., Jeh. de Saint. 7.
   Ung entre les autres y vy, Qui souvent alloit et venoit, Et pensant com homme ravy, Et gueres de bruit ne menoit, A. CHART. la Belle dame sans mercy..
   M'a compté le roy Edouard que en toutes les batailles qu'il avoit gagnées que, dès ce qu'il venoit au dessus, il mon toit à cheval et cryoit qu'on saulvast le peuple et qu'on tuast les seigneurs, COMM. III, 5.
   Que plus aysement on viendroit à paix en faisant...., COMM. v, 15.
   Et quant ce vint que le conte d'Eu et le chancellier eurent prins congé...., COMM. I, 1.
   Il ne s'attendoit point que les choses veinssent jusques à la voye de faict, COMM. I, 2.
   Et son pere venu à l'extreme vieillesse, COMM. I, 1.
   Si ce qui avoit esté commencé fust venu à effect, COMM. I, 8.
   Il s'en fallut bien peu qu'ilz n'en vinssent à leur intention, COMM. II, 12.
   De mal venir [par malheur], tout à cette belle heure que ces armes se faisoient, veci bon mari d'arriver, LOUIS XI Nouv. XLIII.
   Et, de bien venir [par bonheur], il n'y avoit qu'une paroi entre ces deux chambres, LOUIS XI ib. LII.
   Congé et lixanse d'aller, venir et sejourner par tout nostre pays d'Anjou, Bibl. des ch. 1871, p. 474.
   XVIe s.
   Laissez venir donc France et sa routte [troupe], J. MAROT V, 17.
   N'y a cellui qui ne se viegne offrir, Pour te garder jusqu'à la mort souffrir, J. MAROT v, 18.
   Ceulx du chasteau si lourdement tiroient, Qu'il n'estoit tour qui ne vensist par terre, J. MAROT V, 29.
   Prenant au pis venir, s'il adveint que fortune...., J. MAROT V, 117.
   Ung homme armé vint arriver en salle, Le glaive au poing, parlant en tel maniere, J. MAROT V, 237.
   Les pluyes venantes outre leur saison, CALV. Inst. 137.
   Je vouldroys qu'il venist chose à propos, où j'eusse povoir de me revencher de tant de plaisirs que chacun jour me faictes, MARG. Lett. 72.
   Cuydant par ce moyen faire que leurs delits et forfaits ne viennissent en lumiere, ils se sont portez pour appelans, MARG. ib. 159.
   Dimanche qui vient, MARG. ib. 36.
   Mais lui en veint à telle superstition...., MONT. I, 17.
   Venant à mourir, MONT. I, 30.
   Les fauttes qui viennent de nostre foiblesse, MONT. I, 54.
   Des advertissements venants de telle personne, MONT. I, 59.
   Ils penserent à la perte qu'ils venoient de faire, MONT. I, 63.
   L'esté venu il gaigna...., MONT. I, 261.
   Le nom de la vaillance vient de valeur, MONT. II, 67.
   Les souliers lui semblerent bien venir à ses pieds, comme les bottines à ses jambes, DESPER. Contes, XCVI.
   Amulius, quand ce vint à faire leurs partages, feit deux lots de tous leurs biens, AMYOT Rom. 4.
   Les Latins appelent louves les femmes qui abandonnent leur corps à tous venans, AMYOT ib. 6.
   Il eut toute pareille adventure au retour qu'il avoit eue au venir, AMYOT Cam. 45.
   Ilz aront l'aler pour le venir, G. DU GUEZ dans PALSGR. p. 971.
   Ô le plaisir que c'est de sentir venir moindre [italien venir meno, défaillir] Son ame, tant amour heureusement l'estreint, BAÏF Oeuv. p. 62, dans LACURNE.
   Les praticiens et bourgeois disans que toutes servitudes viennent à restraindre et abolir, et toute liberté à soustenir, Coust. gén. t. I, p. 448.
   Des paroles ils viennent au poil, COTGRAVE .
   Il ne demeure pas trop qui vient, COTGRAVE .
   Qui vient est beau, qui apporte encore plus beau, COTGRAVE .
   Qui tost vient à son hostel, mieux luy en est à son souper, COTGRAVE .
   Berry, veindre, veinre ; wallon, vini ; prov. et esp. venir ; port. vir ; it. venire ; du latin venire ; ombrien, ben . On remarquera veindre, qui suppose venire (i bref), au lieu de venire (i long).

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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